samedi, 12 avril 2008
Coucher de soleil et instants de grâce.
En fait, je repousse toutes ces décisions parce que je ne veux pas partir d'ici. Je m'en suis rendue compte avec une acuité cruelle lorsque j'ai posé le pied à l'aéroport d'Auckland. J'ai eu le sentiment de rentrer à la maison. Home sweet home. Un peu amère comme impression lorsqu'on sait que je n'ai que plus que deux semaines à faire ici, non ?
Je ne veux pas partir, parce que je me sens bien en Nouvelle-Zélande. Je l'ai parcouru en long, en large et en travers, et pourtant je sais qu'il me reste énormément d'endroits à découvrir, et de surprises à expérimenter. Je ne veux pas partir, parce que la Nouvelle-Zélande me convient mieux que la France. Je ne peux pas trop expliquer pourquoi, c'est une conviction viscérale et pas forcément raisonnée. Mais je dois partir, non seulement parce que mes études ne sont pas finies et que je ne suis pas ahurie au point de sacrifier tous mes efforts sur l'autel du merveilleux, mais également pour une autre raison fondamentale. Je sais que si je trouve le moyen de m'installer en Nouvelle-Zélande, je n'en partirais plus. Ce qui serait bien dommage, vous en conviendrez. Il y a tellement de choses à découvrir dans le monde.
Quoiqu'il en soit, je contemple le soleil couchant avec un désarroi mi-résigné mi-révolté. Je suis partagée entre l'excitation d'un nouveau départ, encore, et la tristesse véritablement douloureuse de partir. Parfois je me demande si je pourrais revenir un jour. Et si la vie en décidait autrement ? Et s'il m'arrivait un malheur quelconque ? Et si je ne trouvais jamais l'opportunité professionnelle pour être acceptée comme résidente ? L'immigration en Nouvelle-Zélande n'est pas chose facile. Mais je ne parviens pas (plus) à concevoir ma vie sans remettre les pieds ici.
Vaines élucubrations. J'ai fait mon choix, je tiens à rentrer à Toulouse pour obtenir mon diplôme. Le reste appartient à la nébuleuse de l'avenir. Seulement je sais qu'une partie de moi va rester ancrée en Aotearoa. C'est marrant : en général, on tombe amoureuse d'un homme, pas d'un pays.
Il est néanmoins temps que je me réveille. D'incertitude en regret je laisse filer les jours, alors qu'il me faut préparer la suite de ma vie. Tout ne tombe pas cuit dans l'assiette, malheureusement. Mais pour l'instant, je perpétue l'illusion, je fais un câlin au chat et je travaille comme si rien n'allait changer. Cela ne durera pas. Je ne m'accorde un répit que jusqu'à lundi. Les rêves, c'est bien, mais la réalité, c'est mieux.
Le point positif dans toute cette affaire, c'est que j'ai désormais un but dans la vie : m'installer en Nouvelle-Zélande, dans dix, quinze, vingt ans. C'est un objectif plaisant, non ? J'obtiendrai de beaux diplômes et je rassemblerai un capital conséquent, suffisant en tout cas pour que les services de l'immigration m'accueillent les bras grands ouverts. D'ici là, ça me laisse une bonne marge pour aller mettre mon nez ailleurs.
Post Scriptouille : le compte-rendu de mes aventures en Nouvelle-Calédonie est en cours de réalisation. Vous l'aurez incessament sous peu (dès que j'aurais deux minutes).
08:37 Publié dans My journey in Kiwiland | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : déjà ?
dimanche, 02 mars 2008
Le trajet jusqu'à Westport - dernier jour
La pluie devient drue et incessante peu de temps après notre départ de Fox Glacier. Nous cheminons en silence, ma mère désespérée par la pluie qui n'arrête pas de tomber, et moi le regard rivé droit devant, tentant difficilement de deviner la route en lacets à travers les trombes d'eau. Le paysage autour de nous est une sorte de jungle montagneuse, avec d'épaisses fougères arborescentes (omniprésentes tout le long de la West Coast) et des grands arbres touffus qui s'accrochent aux falaises. La brume pèse sur les frondaisons, nous empêchant d'y voir grand chose.
Notre réservoir est bien près d'être vide, mais je roule sans m'arrêter jusqu'à Hokitika, car toutes les stations précédentes sont à ciel ouvert, et je n'ai aucune envie de me tremper jusqu'aux os pour remettre de l'essence. De plus cette pluie intense me rend grognon, et je désire par-dessus tout m'en échapper. J'ai une petite pensée émue pour tous les cyclistes de l'extrême qui peinent en ce moment sur les routes néo-zélandaises humides. On en croise beaucoup sur les routes mêmes montagneuses, à ahaner sur leur vélo lourdement chargé. Ce pays attire vraiment les doux foldingues du monde entier.
Il est presque midi, mais je ne m'arrête pas à Hokitika pour manger. Il pleut toujours, et ça m'énerve. Et la ville en elle-même ne m'inspire pas plus que ça. Je décide de pousser jusqu'à Greymouth, trente kilomètres plus loin. La pluie s'arrête et je me gare avec soulagement, dans la seule rue un peu animée de la ville en ce dimanche pluvieux. Nous mangeons rapidement, et allons nous promener sur la digue.

Nous repartons donc vers d'autres cieux, fuyant la pluie qui recommence à tomber. On dirait qu'elle nous rattrape à chaque fois que nous nous arrêtons un peu trop longtemps. Le climat devient dramatiquement changeant et bordélique : la pluie tombe à grosses gouttes sur mon pare-brise sous un soleil éclatant qui m'éblouit. Le vent souffle à grandes bourrasques qui font vaciller la voiture sur la route étroite et sinueuse qui longe la côte. Parfois la pluie se met à tomber avec une violence qui m'oblige à rouler au radar sur une route devenue invisible. Puis deux minutes plus tard, le soleil fait son apparition, et les nuages sont dispersés avec une rapidité surprenante. Et ainsi de suite pendant tout le trajet. La West Coast est la région la moins peuplée du pays, et on comprend pourquoi. En hiver, il n'est pas rare que les routes soient coupées à cause de la neige. Et le reste de l'année, il pleut énormément : 170 jours de pluie à Fox Glacier, par exemple.
Notre arrêt suivant est Punakaiki, une ville de... vingt-six habitants. En réalité, il s'agit simplement de la porte d'accès au Paparoa National Park, célèbre pour ses Pancakes Rocks, une curiosité géologique. Nous empruntons sous la pluie un petit circuit très touristique qui permet de les admirer. Il y a foule, ça m'énerve, et j'arpente le circuit au pas de course. Les Pancakes Rocks sont des blocs rocheux érodés par la mer, qui présentent la particularité d'être formés de strates fines et régulières. Nul ne sait comment ces strates ont pu se former à cet endroit. Une autre spécificité est le Blowhole (Docteur Dreuf, retiens-toi s'il te plaît), un grand trou dans les Pancakes Rocks où les vagues s'engouffrent violemment, jaillissant contre la falaise. Nous bénéficions de la première éclaircie de la journée pendant notre promenade, ce qui permet quelques jolies photos.






La pluie se remet à tomber, plus forte que jamais, juste au moment où nous rejoignons la voiture. Jusqu'à maintenant, nous avons été plutôt chanceuses. Nous renonçons à arpenter les quelques tracks de la région, qui doivent être complètement spongieux avec la pluie de ces derniers jours. Je me dirige tout droit vers le Cape Foulwind Seal Colony, à quelques kilomètres de Westport.





Nous passons trois quarts d'heure délicieux à contempler le ressac de la mer Tasman contre la falaise, puis nous rentrons avant que le temps ne change encore. Et effectivement, le soleil se cache derrière de gros nuages alors que nous empruntons le chemin du retour. L'esprit de la Nouvelle-Zélande est avec nous aujourd'hui, nous offrant quelques beaux moments d'éclaircies lorsque nous en avons besoin, et nous replongeant sous la pluie tandis que nous roulons.


Il est presque sept heures, il est temps de rejoindre Westport, à une douzaine de kilomètres de là. Je suis soulagée de n'être pas arrivée plus tôt, parce que Westport est effectivement une ville fantôme qui donne envie de fuir, surtout en ce dimanche merdique. C'est avec surprise que je capte pour la première fois du voyage une radio country. Pas un rat dans les rues (hormis un cow-boy cradeux - d'où la musique country sans doute), pas un restaurant d'ouvert, seul le New World nous sauve du désespoir. Nous achetons de quoi nous sustenter ce soir, et retournons nous réfugier dare-dare dans le petit chalet humide qui nous abritera ce soir. La pluie ne tarde pas à reprendre, peu après notre arrivée au motel. Nous ne ressortirons pas ce soir.
Notre motel comprend un ensemble de petits chalets de bois, et c'est bien marrant quand il pleut parce que les douches et toilettes sont dans un autre bâtiment. La pluie tombe toute la soirée. C'est un plaisir unique d'enfiler son manteau à capuche (celui-là même qui donne un air d'ovule périmé lorsqu'on serre les ficelles de la capuche) pour aller se brosser les dents. Sur le chemin, je croise une énorme araignée noire et grasse ; je glapis et disparais aussitôt dans le bâtiment commun. Notre chalet de deux mètres carrés, sûrement construit en contreplaqué vu l'épaisseur du bois, laisse complètement pénétrer l'humidité qui coule littéralement contre la vitre. Même les draps sont poites et moisseux. Vu les circonstances, nous nous dépêchons le lendemain matin de quitter ces marécages pour reprendre la route. La route jusqu'à Nelson passe rapidement. Je mets trois heures et quart pour arriver à bon port, malgré la pluie, alors que les guides indiquent une durée de quatre heures. Je ne comprends pas, je n'ai pas (trop) dépassé les limites autorisées. Mais ce n'est pas plus mal, car nous avons ainsi le temps de déposer nos affaires, de déjeuner puis d'aller à Nelson tranquillement pour rendre la voiture. Après plus de 2600 kilomètres, je retrouve mon statut de piéton avec un certain pincement au coeur. Non pas que je n'aime pas marcher, mais conduire reste un plaisir sans égal.
Nous rentrons chez Sylvie en bus, ma mère et moi, après quelques achats de dernière minute dans le centre-ville. Ma mère reprend l'avion le lendemain matin, et s'illustre à la douane en tentant (involontairement) de faire passer une bouteille de vin dans son bagage à main. La quiche attitude est sans doute une caractéristique héréditaire.
10:04 Publié dans My journey in Kiwiland | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : c'est déjà fini, un petit tour par westport et puis s'en va, n'oublions pas greymouth
samedi, 01 mars 2008
Fox Glacier, deuxième jour
Donc voilà, aucune photo à vous montrer, et rien à vous raconter, si ce n'est une tentative courageuse de conduite jusqu'à Franz Josef, à travers des torrents d'eau et sur une route étroite et sinueuse. Nous n'avons pas vu grand chose du paysage qui doit être assez beau, à cause d'une brume épaisse qui repose sur la forêt et les montagnes. Cependant, la vue sur la rivière tourbillonnante et tumultueuse est assez impressionnante. Son lit est large (probablement le lit du glacier à l'époque), mais la rivière n'occupe qu'un tiers du passage en temps normal. Aujourd'hui, elle a au moins doublé de volume. Les cascades déversent leurs flots à qui mieux mieux, parfois jusqu'à la route, qui est heureusement bien entretenue et bordée de canaux de déversement.

La Nouvelle-Zélande est ainsi, belle et accueillante mais également sauvage et imprévisible. Le climat est changeant et il ne faut jamais oublier qu'un éboulement, une inondation, ou un quelconque évènement naturel sont toujours possibles, notamment dans les coins moins domestiqués de l'île du Sud. Et la pluie peut être aussi violente que le soleil est dangereux, depuis ce bout du monde où la couche d'ozone est réduite. On aime ou on déteste, mais dans ces cas-là il n'y a rien d'autre à faire que regarder la pluie tomber.
09:23 Publié dans My journey in Kiwiland | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : un peu de temps de merde à fox glacier, vive la pluie, et le national geographic
vendredi, 29 février 2008
Fox Glacier, premier jour

La traversée du parc dure deux bonnes heures, mais c'est un enchantement à chaque instant. La forêt sombre et épaisse qui encercle la route est composée de grands arbres noueux et moussus. Le sous-bois est touffu, entremêlé de fougères arborescentes de toutes tailles.Tout autour se profile les montagnes, qui s'amusent à coincer les nuages à leur sommet. Des chapes de brume s'effilochent sur leurs flancs, comme des langues de brouillard léchant les pentes boisées. Le ciel est bas et la pluie continue, plongeant la forêt dans un silence que seul rompt le cri strident d'un oiseau. On dirait une sorte de forêt de Fangorn, aussi vénérable et mystérieuse que son alter ego tolkiennien. Une multitude de cascades dégringole le long des montagnes, complétant cet extraordinaire tableau.
Je regrette vraiment de ne pouvoir profiter de cette forêt exceptionnelle à cause de la pluie. Nous ne sommes pas équipées pour randonner, et les petits sentiers mouillés et glissants ne feraient pas bon ménage avec nos baskets de citadines. Une nouvelle fois, tant pis. A part ça, tout à mon observation du paysage, je racle un peu les bords du virage, les roues dans le gravier. Curiosité et conduite ne sont pas un bon mélange. Rien de bien grave cela dit, mais ma mère a eu bien peur.
La forêt s'éclaircit, annonçant l'approche de la côte Ouest et de notre étape-déjeuner. Nous nous arrêtons en effet à Haast, bourgade de trois cents habitants, dans l'un des deux petits restaurants routiers du bled. La bouffe n'est pas terrible mais reste mangeable. La pluie ne s'est toujours pas arrêtée, et nous ne traînons pas longtemps dans Haast. La route serpente désormais le long de la West Coast, nous permettant de découvrir la mer de Tasmanie. La mer est agitée, me donnant l'occasion de prendre quelques jolies photos malgré le ciel gris. Je ne multiplie pas les arrêts, à cause des cars entiers de touristes et des campervans qui squattent la route et le moindre lookout disponible. C'est pas que je supporte pas la foule, mais presque. En plus nous ne croisons quasiment que des vieux. Des vieux en couple, des vieux en groupe, des vieux par cars entiers.
La route entre Haast et Fox Glacier est agréable aussi, mais moins impressionnante que la première partie du trajet. Je commence à fatiguer un peu, d'autant plus que la pluie est incessante, mais nous atteignons enfin Fox Glacier à trois heures de l'après-midi. Nous nous dirigeons aussitôt vers l'hôtel que nous avons réservé, bien moins cher et luxueux que le précédent. Mais l'important est d'avoir un lit où se pieuter, pas de pouvoir se contempler dans un miroir aussi grand que le lit. Le check-in est rapide, et nous déchargeons nos affaires. Nous ne traînons pas, sous peine de subir un gros coup de barre, comme après chaque long trajet en voiture. Nous allons directement voir l'attraction principale de la région (laquelle est classée au patrimoine mondial de l'UNESCO) : le glacier. Il descend près de 2100 mètres le long de la montagne, jusqu'à 200 mètres au-dessus du niveau de la mer. Contrairement aux glaciers alpins, celui de Fox Glacier est très pur, d'une blancheur incandescente vu du dessus (naturellement, les couches inférieures du glacier, celles qui sont visibles depuis le sol, sont plus grises parce qu'elles charrient des roches et des cailloux). L'autre particularité du Fox Glacier est sa vitesse : il avance d'un mètre à un mètre cinquante chaque jour, ce qui est énorme.
Le soleil fait preuve de générosité en décidant de surgir d'entre les nuages au moment où nous approchons du glacier. En un quart d'heure, le ciel est entièrement dégagé.

L'accès au glacier n'est pas si aisé, car il faut franchir deux torrents à gué. Rien de bien difficile cependant une fois que l'on a trouvé le chemin le plus sécuritaire. Comme à mon habitude charitable et serviable (le premier qui rigole, je le mords), je tends la main à ma mère pour l'aider à traverser, et cette traîtresse trouve le moyen de sauter sur mon pied à l'arrivée, m'arrachant un cri qui a dû faire avancer le glacier d'un mètre supplémentaire. Aïe.
Fuyant les cars de japonais qui se déversent sur le glacier, nous nous réfugions sur un petit track en pleine forêt, le Minnehaha walk. Je suis contente, c'est comme un ersatz plutôt bien imité de la grande forêt du Mount Aspiring National Park.

Assez crevées (nous en sommes bientôt à 2000 kilomètres dans les pattes), nous rentrons à l'hôtel. Avec un peu de chance, demain, il fera beau.
jeudi, 28 février 2008
Wanaka, deuxième jour
A part ça, rien de spécial à raconter, si ce n'est que le lac Wanaka est vraiment d'une beauté exceptionnelle. Je vous laisse profiter des photos.
09:30 Publié dans My journey in Kiwiland | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : je plébiscite grave wanaka, et les petits canards.
mercredi, 27 février 2008
Wanaka, premier jour
J'aime le moment où je prends le volant pour la première fois de la journée, cet instant où je vais découvrir une route encore inconnue. C'est un instant qui m'énergise, je ne sais pas pourquoi. J'ai l'impression dans ces moments-là que rien ne pourrait ébranler ma curiosité et mon assurance. Enfin bon, ce sentiment s'évanouit vite après trois heures de route, lorsque je n'ai qu'une envie, garer cette putain de bagnole et sortir prendre l'air. Parce que les voitures automatiques, c'est bien pratique (comme les antibiotiques, ahah, hem), mais ce n'est pas très subtil (à l'instar de mon humour). Parfois, lors d'une montée un peu raide, la voiture ne cesse de sauter entre deux vitesses, et donc d'accélérer et de décélérer sans que je le lui demande. Et c'est particulièrement pénible.

Quoiqu'il en soit, nous démarrons sous la pluie. La route est sans grand intérêt, surtout sous ce plafond de nuages bas qui obscurcit tout, et le trajet passe rapidement. Nous prévoyons un arrêt déjeuner à Queenstown, LA ville du sport extrême en Nouvelle-Zélande. Queenstown est une ville de montagne, avec des chalets juchés sur les flancs à mi-hauteur. C'est une ville très touristique, et nous préférons nous rendre à Wanaka, quelques kilomètres plus loin. Mais pour l'instant, nous sommes toujours sur la route, et la pluie diminue enfin. La route s'étire entre deux rangées de montagnes, les nuages s'accrochent à flanc de montagne, et autour de nous s'étale une pampa à peine défrichée, où paissent parfois des troupeaux énormes de moutons. C'est une région rude et peu peuplée, où le soleil ne doit pas percer souvent.
Puis nous atteignons l'immense lac Wakatipu, près de Queenstown, qui signe notre retour dans la région de l'Otago. La vue est magnifique depuis la route qui surplombe la côte. Les nuages laissent passer quelques furtifs rayons de soleil, et la nature sauvage est absolument superbe. Je m'arrête deux ou trois fois pour faire des photos, puis nous nous engouffrons dans Queenstown. La ville ne faillit pas à sa réputation : les touristes sont nombreux, les voitures bouchonnent, et je tourne un peu avant de trouver une place, bien située et gratuite. C'est déjà ça de gagné. Il est midi, l'heure de passer à table. Nous errons un peu dans les rues principales, ça papillonne de partout. Tout ce monde me fatigue déjà. Nous récupérons une brochure sur les restaurants de la ville, et je me plante en lisant le plan, nous conduisant à l'opposé de là où je voulais aller. Finalement, nous trouvons le restaurant que j'avais repéré, très sympathique.

Je ne sais pas pourquoi, je suis prise d'une frénésie compulsive de consommation, moi qui n'achète jamais rien d'habitude. Me voilà en train de faire chauffer la carte bleue pour deux shorts et une robe-tunique. On va dire que c'est pour m'harmoniser à la population kiwi, vu que les filles ne portent que des robes et des shorts. Ahem. Je m'arrache en courant aux rayons de prêt-à-porter pour éviter le massacre de mon compte en banque, et nous retournons à la voiture sous une petite bruine. Pressées que nous sommes d'arriver à Wanaka, nous omettons de remettre de l'essence. Sauf que le plein approche de sa fin, et que la prochaine station est à soixante-dix bons kilomètres, dont une bonne vingtaine se fait en grimpant la montagne. J'essaie de dégoter une station dans la petite ville voisine, Arrowtown (au demeurant très jolie, avec une rue centrale dans le plus pur style pionnier), mais ils ne proposent que le GPL. Argh. Je suis obligée de retourner à Queenstown pour faire le plein. Au total, une heure et demie de perdue.

Le plein est fait, et nous repartons dans le bon sens. Nous repassons Arrowtown et entamons la grimpette jusqu'à Cardrona, une toute petite ville qui a des airs fantômes. J'ai très envie de faire pipi, mais impossible de s'arrêter nulle part sur cette terre sèche aux herbes rases et bordée de clôtures. Faudrait pas qu'un paysan mal embouché me colle une fourche dans le fondement alors que je suis en train d'irriguer sa terre. Je dois me retenir jusqu'à Wanaka, et c'est une torture. Sachez-le. Bref. La route vers Wanaka est belle également dans le genre rustique, notamment le point de vue depuis la route qui monte le long de la montagne.
Wanaka se profile enfin devant nous. Il fait nuageux mais il ne pleut pas, c'est le principal. Wanaka est une très jolie petite ville au bord du lac éponyme. Elle propose comme Queenstown beaucoup d'activités "extrêmes", notamment des sauts en chute libre, des promenades en hélico avec lâcher sur le glacier, etc. Mais contrairement à sa grande voisine, Wanaka a su se protéger du tourisme de masse. Aucune foule ici, l'office de tourisme n'est pas pris d'assaut et il est facile de se garer où on veut.
Nous tentons dans un premier temps de trouver une chambre dans un backpackers, mais tout est plein. La demande supplante largement l'offre en pleine saison touristique. A l'office, nous apprenons que la côte ouest est prise d'assaut, et on nous conseille de réserver dès demain pour les nuits prochaines. Pour ce soir et demain soir, nous n'avons pas d'autre choix que d'accepter une chambre de motel à 130 dollars néo-zélandais. C'est un peu cher, mais tant pis, au moins nous dormirons dans le luxe et la volupté, ce qui est toujours mieux que dans le froid et l'humidité du bord du lac. La chambre est en effet super belle, design et confortable. J'ai même un grand lit pour moi toute seule, et la baie vitrée fait tout le mur du fond.
Après nous être extasiées, je presse ma mère pour retourner sur les bords du lac. J'ai envie de me promener un peu avant la nuit. La lumière du soleil couchant est magnifique à travers les nuages, je mitraille le lac de photos. Nous allons jusqu'à la marina de la ville, où je fais copain-copain avec une bande de canards locaux. Les mouettes me manquent, il faut bien que je trouve une compensation. Le vent s'engouffre entre les montagnes et vient frapper la ville de plein fouet, mais l'air est frais et pur, c'est agréable. Ca me change de la pollution toulousaine.


Nous retournons en ville pour dénicher un restaurant. Ce soir, c'est restaurant italien, et penne aux fruits de la mer pour moi, tandis que ma mère opte pour le saumon aux fines herbes. Miam. C'est journée grand luxe ! Lorsque nous sortons, le vent est tombé et l'air est doux, nous en profitons pour promener un peu de nuit. Wanaka est calme en ce mercredi soir, seuls quelques bars attirent les noctambules (je précise qu'il n'est que 21h... Les kiwis sont des couche-tôt en semaine). Nous croisons le chemin de trois gugus en train de se péter la tronche à grand renfort de joints. L'un d'eux, une tronche de con déjà bien attaqué, m'appelle "sweetheart" et me baragouine quelque chose que je comprends être une invitation à partager le joint. Je m'échappe en répondant un "No thanx" rapide, et il me demande si je suis sûre. Ben tiens, mon coco, un peu que je suis sûre. Les kiwis sont des braves gars en général, tellement prudes qu'ils sont pas fichus de soutenir le regard d'une fille plus de deux secondes, mais ils perdent tout inhibition dès qu'ils sont bourrés ou shootés.
Après toutes ces émotions, et après avoir tenté en vain de trouver le cinéma local pour me renseigner sur les horaires, nous rentrons dans notre chambre toute de luxe et de volupté, parce que hein, fait sommeil quand même.

mardi, 26 février 2008
Invercargill

Quoiqu'il en soit, le trajet se passe plutôt bien, les automobilistes sont de moins en moins nombreux. On finit même par être les seules sur la route, ou presque. Le paysage est intéressant, collineux et agricole, avec un taux de population au mètre carré très bas. J'en profite pour regarder les panneaux qui longent la route, et ils en valent la peine. Les kiwis ont vraiment un drôle d'humour. Par exemple, je croise un panneau, entre les villes nommées Gore et Clinton, qui précise que la route où je suis est la "Presidential Road"... à cause du nom des villes. Ou encore, hier ou avant-hier, je ne sais plus, j'ai vu deux panneaux assez spéciaux. Le premier disait "Seatbelts are like hugs; kids need them" (les ceintures de sécurité sont comme les câlins ; les enfants en ont besoin). Mignon, non ? Le second était un peu plus grinçant : "You're a long time dead, so what's the hurry ?" .
Nous atteignons Invercargill à midi et quelques. Je me dirige directement vers l'office de tourisme pour y réserver une chambre. Nous héritons d'un dortoir en backpackers pour nous toutes seules. Au moins c'est moins cher qu'un motel. En attendant, nous profitons d'être sur place pour visiter le Southland Museum, qui rassemble quelques pièces d'art maori et des objets ayant appartenu aux colons britanniques. Intéressant, mais il fait bien pâle figure à côté des musées de Wellington ou de Dunedin.


Cela dit, ce n'est que le début de l'après-midi, nous avons tout notre temps. Il fait beau mais nuageux, et le vent souffle fort sur la côte de Bluff où s'étire le sentier, à flanc de falaise. Je respire l'air de l'océan à plein poumon. Je crois bien que je ne m'en lasserai jamais. La marche est facile, et le paysage superbe. Les vagues viennent frapper les rochers avec violence, et j'essaie d'imaginer la vie des chasseurs de baleine qui oeuvraient depuis la pointe de Bluff. Aussi critiquable qu'ait pu être leur travail, on ne peut pas nier qu'ils avaient un courage certain pour affronter les monstres marins et les récifs dangereux. Au loin, on distingue un phare bleu et blanc, le phare le plus vieux et le plus haut de Nouvelle-Zélande, qui fonctionne automatiquement depuis 1989. Notre marche s'éternise, car ma mère s'essoufle, mais nous finissons par arriver au point de vue final. Perchées sur un promontoire rocheux, nous voyons l'océan s'éteindre à nos pieds, et les îles Stewart à l'horizon. C'est vraiment magnifique, mais à cet endroit le vent nous fouette violemment, et nous n'y restons pas longtemps.



Le ciel se couvre pendant notre marche de retour, et le vent fraîchit. Nous accélérons un peu le pas pour nous réchauffer. Titine nous attend sagement au bord de la falaise, prête à nous ramener au chaud dans notre backpackers du jour. Nous rentrons en ville, un peu cassées par notre séance sportive, et je dois m'y reprendre à deux fois avant de pouvoir me garer près du backpackers, situé en plein centre-ville. Nous débarrassons les valises et je m'occupe rapidement du check-in avant d'aller ranger la voiture au parking de l'hôtel. Là encore, je fais preuve d'un étonnant sens de l'orientation et me plante tout droit dans le mauvais parking. La guichetière m'explique plus ou moins aimablement, et avec un accent kiwi terrible que j'ai du mal à suivre, que c'est pas là mais à côté. Oui d'accord, mais où ça à côté ? Finalement, après deux tours supplémentaires du pâté de maisons, je trouve la petite entrée menant à la petite placette réservée à l'hôtel. Ouf. Nous nous réfugions enfin dans notre dortoir privé. Je regrette un peu de ne pas pouvoir faire plus de choses aujourd'hui, mais mine de rien je commence à être épuisée par ce marathon de visites, et un peu de tranquilité me fera du bien. De toute manière, il est impossible de voir toute l'île du Sud en dix jours, et en plus, demain sera une longue journée de conduite, car nous allons à Wanaka, et apparemment la route n'est pas de tout repos. Je vais en chier. Sur ce, je vais me reposer un peu, les amis.
09:00 Publié dans My journey in Kiwiland | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : jusqu'au bout du monde, invercargill, patrie de burt monroe, et bluff, patrie des baleiniers et du vent qui souffle
lundi, 25 février 2008
Dunedin, deuxième jour
Aujourd'hui, le soleil brille, mais moins fort que la veille : les nuages sont de la partie. Ce n'est pas plus mal, le soleil néo-zélandais tape très fort, à cause du trou dans la couche d'ozone qui n'est pas très loin au-dessus de nos têtes. Nous partons petit-déjeuner à 10h30, avant de nous rendre en voiture jusqu'à l'Otago Museum. Encore une fois, ce musée rassemble des collections très diverses. Les principales attractions sont les étages consacrés à l'histoire des Maoris et des peuples polynésiens et mélanésiens. Ces peuples, d'origine commune et pas si lointaine, ont développé, de par leur isolement, des cultures, des langages et des traditions profondément différents. Ces différences se remarquent dans l'art du tissage, de la gravure sur bois et sur os, de la fabrication des armes et des marquages du corps. Ces peuples ont en effet développé toute une symbolique propre à chaque population, ethnie et tribu, autour des tatouages corporels. Ainsi, les mélanésiens des îles Marquises se tatouent tout le corps, tandis que les Maoris se tatouent principalement le visage (en entier pour les guerriers et les chefs, le menton pour les femmes). Chez les Maoris, le visage est en effet le siège du tapu, une sorte de pouvoir sacré dont sont dotés les hommes charismatiques. Pour la petite histoire, pendant le tatouage du visage, qui est une opération très douloureuse, longue et sanglante, un petit récipient spécifique est placé sous le visage du tatoué pendant qu'il mange pour éviter que la nourriture ne soit souillée, car le contact avec le sang pourrait réduire le tapu du tatoué, donc diminuer son leadership.
Le reste du musée est consacré à l'histoire des espèces animales disparues, avec une présentation de squelettes variés (ichtyosaure, moa, etc), ainsi qu'à l'histoire des explorateurs britanniques, des maillots de bain (???), et même une partie sur la Grèce et l'Egypte antiques. Ou comment faire feu de tout bois. Cela dit, c'est un musée très intéressant, comme la majorité des musées que j'ai visité en Nouvelle-Zélande.
Ensuite, nous allons nous promener dans le jardin botanique de Dunedin. C'est un jardin magnifique, avec des fleurs de toute beauté et toute une partie de forêt quasiment sauvage. On peut presque se perdre sur les petits sentiers qui grimpent au coeur des arbres. Une serre ancienne contenant des plantes tropicales trône au milieu du parc.










Nous rentrons une petite heure à l'hôtel, avant de nous rendre, en voiture toujours, au Larnach Castle, le seul château de Nouvelle-Zélande. Il a été construit à la fin du XIXème siècle par un riche Baron pour sa femme bien-aimée, une descendante de la noblesse française. Le château est toujours habité, et héberge même des touristes. Les deux étages croulent sous les boiseries bien cirées et les meubles de grande qualité en kauri et en rimu (deux arbres de Nouvelle-Zélande aujourd'hui protégés). Un petit escalier en colimaçon mène au toit, qui offre une vue imprenable sur le jardin en contrebas et sur Dunedin, 320 mètres plus bas. Le jardin en lui-même est un trésor de botanique bien entretenue, établi sur plusieurs niveaux.







Le Larnach Castle est à une vingtaine de minutes de Dunedin, sur une hauteur de l'Otago Peninsula. Dunedin est nichée le long d'une baie tortueuse, et une route côtière absolument merveilleuse mène au Château ainsi qu'à l'observatoire des albatros. Des petites jetées privées, quelques bateaux et des virages incessants rythment le trajet jusqu'au bout de la péninsule. Le paysage est magnifique, à l'image d'une Côte d'Azur plus fraîche et nettement plus sauvage.



Si cela ne tenait qu'à moi, je m'arrêterais au bord de la route pour regarder la disparition du soleil. Mais ma mère est bien fatiguée par toutes ces heures de tribulations, ce qui se comprend. Pour ma part, je commence à prendre le rythme, et l'immersion dans la nature même domestiquée m'énergise. Je me sens un peu chez moi dans ce pays, même dans des villes inconnues. C'est agréable, et triste à la fois. Je vais sans aucun doute regretter ce pays à mon départ, dans deux mois.
Toutes à mes pensées un brin mélancoliques, je finis quand même par regagner le centre-ville. Je me gare près d'un restaurant sur la demande expresse de ma mère, qui ne veut plus marcher aujourd'hui. Le retour à notre chambre se fait à la nuit tombée, et comme d'habitude je m'attelle aussitôt au classement des photos.
Le téléphone de ma mère sonne alors. Nous apprenons que notre chat va mourir. Poussée d'urée. C'était un chat que nous avions recueilli il y a une dizaine d'années. Nous ne connaissions pas son âge, mais nous le pensions tout jeune à l'époque. En réalité, ce chat avait quinze ans au jour d'aujourd'hui. Les problèmes de rein sont monnaie courante chez les chats âgés. Nous ne pouvions pas savoir, puisque nous le pensions plus jeune. C'est un gros coup au moral. L'an dernier, mon autre chat mourait d'une maladie à la vésicule. Exactement un an plus tard, c'est le tour du petit dernier. Une nouvelle fois, comme l'an dernier, je ne suis pas là pour lui dire au-revoir. Il va être piqué tout à l'heure, parce qu'il souffre trop.


