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mercredi, 23 avril 2008

Dimanche 30 mars : Jour du Seigneur, donc note lapidaire

Aujourd'hui dimanche, il fait très beau, très chaud, et Nouméa est désertée. Tout le monde est parti en brousse pour profiter d'un des rares week-end de beau temps depuis plusieurs semaines. Je rejoins Sylvie au Best Café, et nous partons errer dans les rues de la ville. On fait un petit tour par le marché, près du Port Moselle, puis on tente de trouver un taxi pour aller jusqu'à l'Anse Vata. Il n'y a quasiment pas de bus le dimanche, et très peu de taxi. Finalement nous parvenons à en trouver un, et il nous dépose devant le Méridien, grand Hôtel luxueux de Nouméa. Nous avons décidé de la jouer princesse et de glander à l'ombre sur un transat du Méridien. Nous passons donc l'après-midi à ne rien foutre, puisqu'il n'y a rien à faire.

Le soir, Roger nous rejoint et on part dîner aux Trois Brasseurs, un grand restaurant bar qui brasse sa propre bière. Pas mauvaise d'ailleurs, tandis que les plats sont d'une qualité médiocre.
 
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Petit aperçu du marché du Port Moselle : cinq ou six (je sais plus) bâtiments de forme octogonale avec un toit bleu réunis en cercle. Chaque bâtiment abrite une section particulière : Fruits et légumes, babioles, poissons, etc. Au milieu du cercle, à l'air libre, se trouvent d'autres commerçants.
 
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Le marché n'est pas qu'un truc à touristes ; les locaux viennent également s'y approvisionner, car c'est là que l'on trouve les produits les plus frais, notamment le poisson tout juste débarqué du port attenant, et ce tous les jours de la semaine. Le samedi matin est le jour le plus animé, avec la présence de groupes de musique locaux. J'ai eu droit à un mélange de kanéka (la musique calédonienne, sorte de reggae à la sauce tribale) et d'air tahitien.
 
 
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Coucher de soleil depuis le Méridien. 
 
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Faré de pacotille, transat en plastique, piscine chlorée (hors cadre), gazon manucuré, serveurs mélanésiens et gros beaufs en slip kangourou Dolce & Gabbana : voilà la carte postale typique, l'image de l'île paradisiaque telle qu'imaginée par l'occidental. On oublie la vraie vie, à deux pas de l'hôtel cinq étoiles, celle où les rues sont crades, les familles saignées par le coût de la vie, les jeunes désoeuvrés et violents et la nature détruite par des exploitants avides de fric (prenons l'exemple, au hasard, de Goro Nickel). On brade un patrimoine naturel d'une richesse unique, et pas seulement la barrière de corail, en faisant miroiter la merveille de 600 emplois créés. 600 emplois ! On détruit la richesse endémique d'un pays pour 600 emplois ?! Le sujet mériterait une note à part entière, mais en attendant, je vous invite à lire ça, ça et ça. Oui, c'était une légende à rallonge.
 
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Que dire de plus ? 
 
 

mardi, 22 avril 2008

Samedi 29 mars

Samedi matin, je me lève à 6h, parce que je dois ranger toutes mes affaires (je quitte l'auberge aujourd'hui, car ma chambre est occupée dès ce soir), et que la dédicace du jour commence à 9h. J'en profite pour me connecter une petite heure, et choisir mon master (Affaires internationales et stratégie d'entreprise. Ouais, ça fait envie). Voilà une chose de faite. Puis je trimballe mon fatras jusqu'au Best Café, où j'arrive en nage parce qu'il fait déjà très chaud. Nous partons à la librairie Montaigne, où se déroule la dédicace. Sylvie, sous son nom de Carène Wood, dédicace en compagnie d'Henri Perron, ancien patron des Nouvelles Calédoniennes. On reçoit la visite de RFO, mais sinon, rien de spécial. Au moment de partir, alors que la librairie ferme et que les employées préfèreraient partir manger, une espèce d'hurluberlu avec des grosses lunettes de vieille chouette se pointe et exprime son admiration totale pour Carène Wood. Elle lui demande de parler de ses livres, de parler d'elle, et de lui lire des extraits. Je retiens un fou rire pendant un quart d'heure.
 
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Henri Perron et Carène Wood : mimétisme. Notez le talent de la photographe qui met en évidence au premier plan les bouquins de sa patronne (oui, bon, faut bien se lancer des fleurs, hein). 

Enfin, nous pouvons partir. Sylvie part déjeuner avec des amis à elle que je n'ai pas spécialement envie de rencontrer, et je mange rapidement au Best Café avant de partir visiter les musées de la ville. Au-départ je voulais faire un tour du côté du Faubourg Blanchot pour visiter les maisons coloniales, mais il fait beaucoup trop chaud pour que je vagabonde sous le soleil. Du coup je me réfugie dans le bâtiment climatisé du musée de Nouvelle-Calédonie, qui présente les objets et les coutumes canaques, ainsi que ceux des autres peuples du Pacifique : Tahiti, Vanuatu, etc. Ensuite, je me rends au musée de Nouméa, qui présente l'histoire de la ville, la colonisation pénale puis civile et la participation aux guerres mondiales. Un peu moins intéressant que l'autre musée, mais il faut dire que je ne suis particulièrement passionnée par l'histoire contemporaine, et puis je connais déjà pas mal l'histoire des colonies (merci mes profs d'histoire contemporaine).
 
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Ceci est une flèche faîtière. Elle orne le sommet de la case du chef de tribu. En plus de son rôle symbolique, elle permet (grâce à un entrelacement spécifique) de garantir la solidité du montage de feuilles de palmiers qui constituent le toit de la case. Une sorte de clé de voûte architecturale et sociale, en somme. 
 
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Des objets chelous dans le jardin juste à côté du musée de la ville. 
 
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Une autre vue de la bibliothèque Bernheim. 
 
Je me traîne dans la chaleur jusqu'au Best Café, et bois un jus d'orange en lisant mon livre (L'amour humain d'Andreï Makine - un coup de poing dans la gueule que je conseille à tout le monde - suivez le lien parce que j'ai la flemme pas le temps de faire ma critique). Comme je n'ai pas réservé d'hôtel pour ce soir, et que j'ai pas envie de me prendre la tête, je prends une chambre dans l'hôtel à côté du Best Café.

lundi, 21 avril 2008

Vendredi 28 mars

Aujourd'hui vendredi, je passe la matinée à traîner sur le site internet de mon école, pour m'informer des dernières nouvelles concernant la toute récente réforme du diplôme. Il me faut choisir un master d'ici le 31 mars, alors je lis tout ce que je peux pour me faire une idée la plus précise. Ce n'est pas facile. Je ne sais pas vraiment ce que je veux faire, et la réforme datant de février, le contenu des cours n'est pas encore décidé. Entre le manque d'info et mon indécision, je suis bien barrée. Finalement, je reporte mon choix à plus tard, et pars en ville. Je m'arrête chez Guy, un copain de Sylvie qui tient un petit magasin de bricoles diverses et variées en compagnie de son épouse japonaise. Ancien diplomate, il parle couramment japonais. Je lui apporte son exemplaire dédicacé de L'envol, nous discutons un bon quart d'heure.
 
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La bibliothèque Bernheim éclairée par quelques rayons. Un bien joli bâtiment de type colonial avec un petit parc bien gazonné. 
 
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(Oui, c'est la même photo mais en format paysage pour varier les plaisirs et les positions.) 

Puis je fais un détour par la bibliothèque Bernheim, où je dois récupérer un chèque, mais elle est fermée en matinée. Du coup je me rabats au Best Café, où je déjeune et retrouve Sylvie. Aujourd'hui la dédicace est à 14h à la librairie Pentecost. Il fait beau et c'est une veille de week-end, alors Nouméa se vide, et nous n'espérons pas grand-monde. Ce n'est pas un très bon horaire pour dédicacer. Nous recevons la visite d'un nouvel ami, un homme qui dort à la même auberge que moi et qui nous avait aidé à porter les cartons à notre arrivée. Malgré tout, c'est un peu mortel, alors je demande conseil auprès des libraires (toute une équipe de filles très sympas) pour choisir un livre qui m'occupera. Et j'achète La Consolante, le dernier bouquin d'Anna Gavalda. Puis je m'absente une petite heure pour aller à la bibliothèque, où je récupère le chèque et les livres qui n'ont pas été vendus lors du comité de lecture. Et je ramène chèques et bouquins à la librairie Montaigne. Enfin, je vais à l'agence d'Air Calin pour me renseigner sur les vols du samedi pour Ouvéa. Mais il est fort probable que nous ne partions que mardi.
 
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Interlude BD, et un peu de pub (fais click).

Après la dédicace, Sylvie et moi retournons au Best Café pour prendre un verre. Puis nous partons manger en compagnie de Paul et Dany (c'est une femme, hein), un couple de coiffeurs sympa, la soixantaine passée. Au retour je suis tellement crevée que je me couche directement.

dimanche, 20 avril 2008

Jeudi 27 mars

Etrangement, j'ai beaucoup de mal à émerger, et je ne suis prête à partir qu'à 10h30. Mon fidèle sac à dos sur les épaules, j'emprunte l'escalier que je connais bien maintenant et qui me mène directement dans le centre-ville, sous un soleil radieux. Il fait très chaud, mais je commence à m'y habituer. Ou plutôt je m'habitue à me liquéfier en permanence, et je n'y prête plus attention. Dans un premier temps, je veux aller prendre quelques clichés de l'extérieur de la librairie Calédo Livres, vu que la veille il pleuvait à torrent. Le hasard faisant bien les choses, j'y croise Sylvie, qui papote avec une artiste peintre australienne installée à Nouméa depuis une quinzaine d'années. Elle en profite pour lui proposer de réaliser un article sur elle, j'obtiens donc un rendez-vous dans l'après-midi pour visiter son atelier.

Après quelques minutes passées à discuter avec le libraire, un homme adorable mais tout timide, nous partons à la librairie Montaigne, où se déroulera une dédicace samedi matin. Le patron est un homme très sympathique, dont la voix et la manière de regarder son interlocuteur me rappellent furieusement l'un de mes amis, ce cher Julien. Comme lui, Pierre (le libraire) peut parler pendant des heures des sujets qu'il aime, et il le fait d'une manière très intéressante. Un vrai orateur, passionné par son métier. Je vois bien Juju dans le même rôle, dans quelques années. Enfin bref.

Ensuite Sylvie et moi partons réserver nos billets pour Ouvéa. Nous ne savons pas encore si nous partirons samedi ou mardi. Après un rapide déjeuner, je laisse Sylvie vaquer à ses occupations, et je me rends à l'office du tourisme pour que l'on m'informe sur le bus à prendre pour se rendre au siège du Télé 7 Jours local. La personne à l'accueil est à peu près aussi bien informée que moi et m'indique le mauvais arrêt, c'est à dire celui qui m'entraîne dans le sens opposé où je veux aller. Heureusement que je savais moi-même quelle ligne je devais prendre... Tant pis, je change mes plans et décide de me consacrer à mon reportage sur le centre Raoul Follereau, spécialisé dans le traitement des lépreux. Je crois que c'est le seul centre de ce type dans le Pacifique. Hé oui, aussi étonnant que cela puisse paraître, la lèpre connaît un retour en force ces dernières années, au même titre que la tuberculose. Le centre Follereau est excentré, et n'apparaît même pas sur la grande carte de Nouméa. Je me laisse porter par le bus, espérant croiser un panneau indicateur, mais que dalle. Finalement, parvenue au terminus, je demande au chauffeur, un grand kanak à la barbe teintée en blanc, s'il sait où se trouve le centre. J'ai de la chance, il m'indique la ligne de bus à emprunter et la station où je dois descendre. En attendant, je me suis tapée une heure de bus, à traverser Nouméa jusqu'au fin fond de la banlieue. Pour la peine, je peux admirer les beaux quartiers, avec les maisons de riches et les jardins luxuriants, puis, juste après, une grande cité avec plein de tours type Seine St Denis. J'ose à peine imaginer la chaleur qui doit régner dans ces appartements sans balcon.

La promenade n'est pas désagréable, mais je dois trouver ce fameux centre. Je m'arrête donc à la gare d'échange, et attends le bon bus. Par précaution, je demande au chauffeur s'il s'arrête bien au centre Follereau. Ledit chauffeur me regarde d'un air dubitatif, visiblement pas au courant qu'il existe un arrêt Follereau. Pourtant j'ai pas rêvé, je l'ai vu sur le panneau du bus. Il vient avec moi jusqu'au guichet et pose la question à la nana, qui situe très vaguement le centre. Finalement, ils tombent d'accord sur la conclusion que je dois prendre le bus qui passe dans l'autre sens. Soit. J'attends donc un quart d'heure de plus (au soleil et dans une chaleur accablante, mais je suis stoïque). Le bus arrive, ouf, mon calvaire est bientôt fini. Mais non ! Le bus me lâche en pleine brousse, ou presque, au bord d'une route mal entretenue et sans aucune maison dans un périmètre d'un kilomètre. Hem. Sur le moment, je me demande si je risque pas un peu ma vie en m'engageant seule sur un chemin sauvage et déserté, et puis, bon, je me dis que je ne peux plus reculer. J'ai pas envie d'avoir perdu deux heures à chercher le centre pour que dalle. C'est l'un de mes traits de caractère, je déteste faire les choses à moitié. Même lorsque je suis dans la jungle nouméenne, sans carte et sans moyen de communication.
 
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Sous-titre : je suis perdue, mais j'ai une jolie vue. 
 
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Je me rapproche de mon but : on aperçoit la chapelle du centre en contrebas.
 
Je m'engage donc sur la petite route qui semble mener au centre, à la suite de deux jeunes femmes kanak. Puis la route se scinde en deux embranchements, sans aucun panneau indicateur. N'ayant pas vraiment envie de me retrouver seule, d'autant plus qu'il y a deux jeunes en train de fumer du shit sur le bord de la route, j'emboîte le pas aux deux jeunes femmes. Puis j'aperçois en contrebas quelques maisons réunies, et le doute s'insinue dans mon esprit : et si c'était une tribu ? Il serait alors très malvenu de ma part de débarquer comme ça, à l'improviste, sur leur territoire. Ca serait même particulièrement inconscient. J'interpelle la jeune femme la plus proche et lui demande où se trouve le centre. J'avais raison, c'était l'autre route. Bon. Je fais donc demi-tour, et passe devant les deux mecs et leur pétard. Je sens bien qu'ils me fixent, mais dans ces cas-là, il faut avancer d'un bon pas (mais pas trop vite) et d'un air assuré, genre je sais parfaitement où je vais. C'est le meilleur moyen d'éviter les embrouilles. Et quand on croise quelqu'un, il vaut mieux lui adresser un sourire et un bonjour (tout le monde se salue, surtout dans les pseudo "villages" en banlieue de Nouméa. Je ne compte pas le nombre d'automobilistes qui m'ont saluée de la main pendant que je marchais sur le bord de la route - et pas parce qu'ils m'ont confondue avec une prostipute, hein).
 
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La route menant au centre ; la scarification des troncs d'arbre a une signification symbolique pour les canaques. 
 
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 La marche jusqu'au centre est encore longue, un bon quart d'heure. Je croise une ou deux voitures, pas plus. Le centre est niché au fin fond d'une petite vallée touffue, et je croise plusieurs bâtiments abandonnés avant de tomber sur un endroit vraisemblablement habité. Le premier homme que je vois est un patient, et je lui demande où trouver un médecin. Les patients que je croise ont l'air tous contents que je leur dise bonjour, sauf une mamie qui me regarde comme si elle allait me bouffer. Le centre est composé de trois bâtiments pas très grands assez vétustes, et d'une chapelle. Je déniche un médecin et une infirmière, laquelle me regarde plutôt méchamment lorsque je me présente comme travaillant pour une journaliste. Je déroule mon spitch d'introduction, puis le toubib m'informe que je dois demander l'autorisation auprès du CHT, dont dépend le centre. Sans autorisation dûment écrite, le médecin ne peut répondre à mes questions. Ah ben merde alors. C'est quand même foutrement contrôlé tout ça. Je repars donc sans reportage, mais avec le nom et le numéro de la personne à contacter. Je ne sais pas pourtant si j'aurais le temps de revenir. Quoiqu'il en soit, ce n'est pas une perte de temps totale, parce que j'ai bien aimé découvrir la banlieue de Nouméa en bus. Et il n'y a rien de tel pour appréhender une ville et un pays que de se frotter à la complexité des transports en commun (surtout à Nouméa, réputée pour avoir un réseau de bus particulièrement merdique) et des lieux paumés introuvables. Et puis les gens sont en général super sympas et aident volontiers, c'est agréable.
 
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Interlude floral sur le chemin du centre Follereau : l'hibiscus pousse comme du chiendent en Nouvelle-Calédonie, à l'instar des agapanthes qui envahissent les bas-côtés des routes. 

Le retour est un peu fatiguant, j'attends le bus pendant une bonne vingtaine de minutes, sous un soleil violent et les attaques répétées des moustiques. J'espère qu'ils ne portent pas la dengue ou une connerie du genre, parce que j'ai les mollets dévorés. En plus je commence à me demander si je vais avoir le temps de m'arrêter chez l'australienne pour discuter avec elle et prendre quelques photos, tout en arrivant à l'heure à la dédicace de Sylvie. J'envisage un instant d'aller directement à la bibliothèque Bernheim, lieu de la dédicace, puis finalement je m'arrête quand même chez l'artiste. J'aime autant conclure ma journée sur un reportage fait, et pas un demi-échec. L'Australienne est très sympa, elle m'accueille au milieu de ses trois enfants et me fait visiter son atelier. On papote pendant une vingtaine de minutes, et j'engrange toutes les informations dans ma mémoire, pour les noter ultérieurement. Je prends des photos d'elle et de son benjamin dans l'atelier, et elle m'offre une carte postale. Au passage, je maudis mon appareil photo qui prends des photos merdiques. Un compact n'est pas fait pour prendre des bonnes photos d'intérieur, il n'est pas assez précis. Enfin bon.
 
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La rue attenante à la maison de l'artiste peintre. Ce qui me marque le plus, c'est la luxuriance de la végétation. 

J'aimerais rester plus longtemps, mais je dois me rendre à la dédicace. Je prends donc congé, et cours reprendre le bus, qui se fait désirer. N'empêche, je commence à grave maîtriser le réseau des bus nouméen. Finalement, j'arrive même en avance à la bibliothèque, Sylvie n'est pas encore là. J'en profite pour discuter avec Pierre de la librairie Montaigne, sa femme, et Nadine, la jeune bibliothécaire. La femme de Pierre, un peu snob, me regarde de haut parce que mon look n'est pas très clean : je suis toute suante et poussiéreuse, le cheveu collé sur le front et le mollet criblé de boutons rouges. On ne parcourt pas la jungle urbaine en talons aiguilles et brushing Dessange. Puis, bizarrement, son ton change et elle devient nettement plus chaleureuse lorsque je mentionne que je fais Sciences Po. Ah, c'est toujours très amusant de constater le pouvoir de ces deux petits mots sur mes interlocuteurs.

Enfin Sylvie arrive, ainsi que les membres du comité de lecture et d'autres curieux. Nous sommes rapidement une petite vingtaine assis en cercle. Pierre me confie la tâche de récupérer les chèques des futurs acheteurs, et entame son tour de parole en présentant quelques livres qu'il plébiscite (puisqu'il s'agit du comité de lecture de la bibliothèque). La parole passe ensuite à Sylvie, qui se présente et parle de ses bouquins. Les participants interviennent, posent des questions, critiquent et rigolent, c'est très sympa. Les deux heures passent à une vitesse folle, il y a même une journaliste de Télé 7 Jours qui est présente et souhaite une interview plus tard. Quelques livres sont vendus, je récupère les chèques que je dois ramener demain à la librairie. Nous papotons un peu avec les plus intéressés, puis on s'en va dîner en compagnie de Gilbert, le chercheur en biologie marine que Sylvie connaît bien, et que j'avais rencontré lundi.

Le restau où l'on va est très bon, je me fais péter le ventre : crabe farci (spécialité locale délicieuse), civet de cerf au vin rouge agrémenté de sa purée de pommes de terre maison (spécialité du coin aussi). Je peine à finir, mais le menu comprenant trois plats, je me "force" à manger le nougat glacé au Cointreau et fruits rouges. Le tout arrosé d'un vin rouge Saumur Champigny (cépage Cabernet). La bouffe est donc délicieuse (malgré la fâcheuse manie calédonienne de mettre le vin rouge au frais), et la discussion vole haut également. Je passe mon temps à poser des questions sur la Nouvelle-Calédonie, sur la place des kanak dans la société en comparaison avec celle des maoris dans la société néo-zélandaise, sur la situation de l'économie calédonienne et notamment de l'industrie du nickel, ou encore sur l'importance des religions sur le Territoire. Et mon interlocuteur se fait un plaisir (du moins je l'espère) de me faire des réponses détaillées. J'adore. C'est dans ces moments-là que je réalise à quel point j'ai tout à apprendre, et ça me passionne.

En résumé, une journée diablement surprenante, mais terriblement intéressante. Comme quoi, à force de se perdre, on finit toujours par trouver, même si ce n'est pas forcément ce que l'on cherchait au-départ.

samedi, 19 avril 2008

Mercredi 26 mars

J'ouvre les yeux sur un ciel chargé de pluie. La météo augure mal de la journée, et pourtant j'ai tout un tas de tâches à accomplir. Comme je n'ai aucune envie de me mouiller les os, je reste dans mon lit une heure de plus, le temps que la pluie s'arrête. Du coup, il est déjà 11h lorsque je décolle, mais peu importe, je peux vaquer jusqu'à 18h, heure de la première dédidace de Sylvie à la librairie Calédo Livres. Je pars donc en vadrouille dans Nouméa, que je commence à connaître, du moins le centre-ville. Mon premier objectif est une visite de l'hôpital Raoul Follereau, sur lequel je dois pondre un reportage pour KFM. Manque de pot, l'hôpital du centre-ville n'est pas celui que je cherche. A l'office du tourisme installé Place des Cocotiers, l'on m'indique que le centre Follereau se trouve au nord du centre-ville, bien excentré. Je reporte donc ma visite à plus tard.

Second objectif, distribuer des affiches aux offices de tourisme et aux magasins de l'Anse Vata (où Sylvie et moi étions déjà passées lundi). Les offices acceptent sans problème de l'afficher, mais je crains que ça ne soit pas aussi facile avec les magasins. En attendant, je galère une demi-heure pour comprendre le fonctionnement des bus, en vain. Je me résous à quêter une information auprès de l'office, qui m'explique où trouver le bus de la ligne 1 qui me mènera jusqu'à la Baie des Citrons. Cette Baie est située juste avant l'Anse Vata lorsqu'on vient du centre de Nouméa, il me sera donc facile de rejoindre l'Anse Vata ensuite.

Toutes ces démarches me permettent de découvrir une Nouméa pleine de vie, maintenant que toute la population est revenue de la brousse. En effet, pendant le week-end de Pâques (version longue du vendredi au mardi), tout Nouméa s'en va fêter en famille, en "brousse", c'est à dire dans les villages de la Grande Terre. De fait, ce n'est qu'aujourd'hui que je peux constater à quel point Nouméa est animée, entre les échoppes colorées, les popinées (signifiant "femme") en "robe mission" (l'habit local) qui font leur marché, papotent ou trimballent leur marmaille, les kanaks mâles qui prennent le frais sous les palmiers, les joyeux embouteillages de bus et de voitures, et la chaleur moite d'une matinée pluvieuse. 85% ou 90% d'humidité de l'air, ça ne s'invente pas. Mais je commence à m'y faire, avec une bonne bouteille d'eau et des arrêts réguliers à l'ombre (enfin, quand soleil il y a). Ce qui me rassure, c'est que même les locaux semblent souffrir de la chaleur de ce début de saison des pluies. Je me sens moins "zoreille fraîchement débarquée".

Aujourd'hui, j'ai fait attention à m'habiller d'une manière décente, avec un pantacourt orange d'hippie et un tee-shirt (avec soutif). Pourtant, je me fais encore mater et siffler dans les rues, notamment dans les quartiers les plus populaires. C'est clair que je ne suis plus en Nouvelle-Zélande là, où les hommes n'osent même pas te regarder dans les yeux. Sinon, je remarque que malgré l'aspect cosmopolite de la ville, la séparation kanak / caldoche (les blancs nés sur le Caillou) est réelle. Certains endroits sont clairement kanak ou caldoche, et l'on ne voit que des canaques dans les transports en commun et à pied. Le caldoche ou le zoreille se déplace de préférence en touareg ou pigeot 307. Les travaux de base comme l'élagage des arbres ou l'entretien des routes sont quasi-exclusivement accomplis par des canaques. De plus, les fonctionnaires évitent en général les quartiers kanaks, où ils se savent (ou s'imaginent ?) peu appréciés en raison de leur salaire indexé qui est bien plus élevé que le salaire moyen sur la Grande Terre. Les fonctionnaires indexés sont à peu près les seuls à ne pas souffrir des problèmes d'inflation du coût de la vie, qui est un véritable problème en Nouvelle-Calédonie (comme à Tahiti, et en général les îles). Pourtant Nouméa est réputée comme la ville la plus métissée et la plus ouverte du Territoire (c'est ainsi que les locaux qualifient la Nouvelle-Calédonie - officiellement, la NC est désormais un POM, Pays d'Outre Mer)... J'ose à peine imaginer la ségrégation et le racisme qui doit régner en brousse. Ca me rappelle un article que j'ai lu dans le papelard local, où le journaliste rappelait que l'ancien maire de Nouméa, réputé pour son franc-parler, avait l'habitude de dire "nous sommes tous un peu racistes ici".

Quoiqu'il en soit, je prends enfin le bus, qui est plutôt récent. Détail amusant, le bouton d'arrêt enclenche une sonnerie stridente pour signaler au chauffeur de s'arrêter à la prochaine station. C'est plutôt surprenant la première fois (le premier qui me dit que ça existe aussi en métropole, je le mords. Je m'émerveille d'une connerie si je veux, d'abord. ). Quelques minutes après que je me sois assise, une vieille dame en robe mission vient s'asseoir à côté de moi, et me demande au bout de quelques kilomètres d'appuyer sur le bouton à sa place, vu que je suis plus près. Ce faisant, elle m'adresse son plus beau sourire édenté. J'aime bien cette facilité de contact avec la population, c'est agréable. Mais il ne faut pas confondre cette facilité à communiquer avec n'importe qui et de véritables relations de confiance. Paradoxalement, le véritable contact est plus difficile à créer, malgré un tutoiement quasi-obligatoire avec tout le monde. Il est ainsi presque impoli de vouvoyer son interlocuteur, surtout si l'on a affaire à un kanak.
 
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La baie des Citrons. Les bâtiments moches ne sont pas que l'apanage du littoral méditerranéen.

J'arrive à la Baie des Citrons, sous un ciel de nouveau menaçant. Je déambule un peu le long de la plage, prends quelques photos et tombe sur l'office du tourisme. La jeune femme m'informe sur une adresse que je cherche, le siège du Télé 7 Jours local. Je dois récupérer un article écrit sur Sylvie il y a quelques semaines. Mais je m'en occuperai demain. En attendant, je me dirige vers l'Aquarium des Lagons, rénové depuis l'été dernier et très réputé. Il est très bien agencé, on peut y voir toutes sortes de poissons et de végétaux endémiques, comme des palétuviers (des végétaux vivipares), la mangrove, le nautile (unique au monde dans un aquarium), une raie blanche... J'ai la chance de tomber à l'heure du nourrissage des poissons, et un sympathique jeune homme vient nous expliquer tout un tas de choses sur les bestioles qu'il nourrit. Très intéressant.
 
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Oh la belle raie blanche à pois noirs !  
 
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On se tait et on admire Dame Nature. 
 

Ensuite je remonte jusqu'à l'Anse Vata, sous une pluie fine et incessante. J'essaie de refiler quelques affiches dans les magasins où nous étions allées lundi, mais je ne tombe pas sur les mêmes personnes, et forcément les gens sont assez réticents. Tant pis. Puis la pluie se met vraiment à tomber drue, et je me retrouve rapidement trempée comme une serpillère, le pantacourt ruisselant et le cheveu en poil de chien mouillé. J'aime bien la pluie, surtout quand elle est douce et fraîche comme celle-là, mais en l'occurrence j'ai ma dose. En désespoir de cause je me réfugie sous l'abribus le plus proche, et chope le bus qui me reconduit en centre-ville. Le dernier quart d'heure de marche jusqu'à mon auberge est assez éprouvant, car la pluie mouille et mon sac n'est pas étanche. En plus, je commence à avoir froid. Les automobilistes m'adressent des regards compatissants / encourageants / moqueurs / lubriques (pourtant le tee-shirt mouillé avec un soutien-gorge et le cheveu collé, c'est pas super sexy), et entre piétons on se sourit d'un air déconfit, solidarité oblige.

Frissonnante et trempée jusqu'à la moëlle, je pose mes affaires à sécher au-dessus de mon lit (vu le taux d'humidité, rien ne sèche, mais bon) et me réfugie sous le drap pour me remettre de mes émotions. Je me lève une heure plus tard pour rejoindre Sylvie à la dédicace, où une dizaine de personnes l'écoutent parler de son parcours et ses livres, et lui posent des questions. Tout se passe très bien, je joue mon rôle de photographe à la perfection (les photos sont pourries, mais on va dire que c'est la faute de l'éclairage), je ponctue un peu son discours quand elle m'interpelle, et quelques livres sont vendus. Pas facile de réunir du monde dans une petite librairie et sous la pluie battante, mais le résultat est plutôt probant. Puis nous partons dîner avec Roger, comme hier soir. Il nous amène dans un petit restaurant excellent où je me farcis un carpaccio de cerf aux copeaux de foie gras (hé ouais) puis un magret de canard à la sauce gourmande (sauce aux champignons, crème et foie gras... juste méga-miam), le tout agrémenté d'un petit Madiran fort goûtu. Sylvie ayant eu le tact de signaler qu'elle est journaliste, le patron nous offre une mousse au chocolat juste divine et un petit digestif (manzana pour ma pomme - ahah le jeu de mot, hem). Nous terminons tous seuls dans le restaurant (le calédonien est un couche-tôt), et je prends quelques photos du restaurant et du restaurateur pour un futur article, parce qu'il le mérite bien.

J'en vois d'ici qui râlent et protestent comme quoi j'abuse avec ce festin. Déjà, il faut savoir que j'avais pas mangé à midi (j'étais à l'aquarium), que j'étais invitée (donc on ne refuse pas quand on est polie), et que je devais faire quelque chose pour sauver cette journée plongée sous le signe de l'eau et de la fringue mouillée. Bon. Et puis la prochaine fois, c'est moi qu'invite, ou au moins j'achète une bonne bouteille de vin ou deux (selon si on va au restaurant ou chez quelqu'un), parce que je ne suis pas une radasse quand même.
 
Et maintenant, distrayons-nous : voici en quelques illustrations un compte-rendu de la dédicace, précis et proche de la réalité.
 
 
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(Le sympathique Monsieur sur la photographie est le fameux Roger) 
 
Vous dites ?
Pourquoi un bernard-lhermite ?
Et pourquoi pas, d'abord ?
 
Non, je ne prends pas de drogue.
(L'auteur assume l'entière responsabilité de sa connerie) 

vendredi, 18 avril 2008

Mardi 25 mars

Couchée de bonne heure, je me réveille de bonne heure. A 9h je suis douchée, habillée, prête à partir découvrir Nouméa. Sac à dos sur les épaules, je profite du soleil qui semble vouloir éclairer la matinée, et je me dirige tout droit vers les quais et le bord de l'eau. Je prends quelques clichés de la place des Cocotiers et de son kiosque, mais l'inspiration n'est pas là. Nouméa est une ville tirée à angle droit, pas très propre et sans grande originalité car la plupart des bâtiments de type colonial ont été détruits. Seule l'ambiance polynésienne, l'omniprésence de la culture kanak et la lourdeur de l'air me rappellent que je suis en Nouvelle-Calédonie. Il paraît qu'il faut quelques temps avant d'apprécier Nouméa ; effectivement, je ne suis pas réellement convaincue par la ville, contrairement aux villes néo-zélandaises qui m'ont souvent captivée dès mon arrivée. Pourtant je sens qu'il suffirait d'un rien pour que je m'habitue à l'indolence et au mode de vie bien particulier des Calédoniens. C'est étrange, je suis à la fois détachée et attirée par cette ville aux accents tropicaux.
 
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Nouméa vue depuis le haut de l'escalier menant à l'auberge de jeunesse. Non, ce n'est pas un effet d'optique, la pente est très raide. Mes cuisses s'en souviennent. 
 
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Non, je n'ai pas cherché à photographier une Pigeot 206 sans enjôliveurs, mais plutôt le début de la Place des Cocotiers, place centrale du centre-ville de Nouméa. Oui, c'est au centre, quoi. Je me trouve une centaine de mètres plus loin que sur la photo précédente. On dit "place des Cocotiers" du temps où les colons avaient planté des cocotiers pour délimiter leurs potagers. Depuis cette époque les cocotiers ont disparu, remplacés par des palmiers et des flamboyants.
 
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Le kiosque à musique de la place des Cocotiers. La photo est prise tôt le matin (genre à l'aube, 9h du matin). En fin d'après-midi il y a souvent beaucoup de groupes de jeunes qui moulent un peu partout. 
La place des Cocotiers est aussi très appréciée des kanaks qui aiment se vautrer à l'ombre des arbres l'après-midi pour faire la sieste. 
 

Malgré l'heure matinale, il fait déjà très chaud, et je suis rapidement trempée de sueur. Je déteste cette sensation de me liquéfier sur place, mais je ne vais pas passer mes journées à attendre que ça passe. Il faut bien que je visite. Je brave donc l'inconfort de mon allergie à la chaleur pour remonter le long des quais jusqu'au Port Moselle. Au passage je m'arrête brièvement dans le Géant Casino du coin pour acheter du savon, du shampoing, et trois conneries pour petit-déjeuner. Ca me fait tout bizarre de retrouver une enseigne française, et qui plus est de communiquer en français. Après cet intermède accordé à la croissance du chiffre d'affaire de la grande distribution, je promène le long du Port Moselle, très joli. Bon, ce n'est qu'un port comme un autre, mais on connaît mon amour pour les ports. Je m'installe d'ailleurs une petite heure à la terrasse d'un café jouxtant le quai, pour m'accorder un répit dans cette marche harassante (la chaleur est plombante avec la saison des pluies qui approche) et lire les Nouvelles Calédoniennes que j'ai acheté. J'aime bien lire le journal local pour "capter" l'ambiance d'un endroit, et je repère les articles parlant de Sylvie (qui seront intégrés au dossier de presse - ne perdons pas le nord).
 
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La beauté de la symétrie m'étreint. 
 
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Bâtô !  
 
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Bâtôô ! Hii ! (...)


Le vent se met à souffler violemment, attirant un paquet de nuages qui menacent de nous déverser leurs eaux sur la tête, mais finalement ce n'est qu'une fausse alerte. Je repars donc, me dirigeant vers le Quartier Latin, situé à côté du centre ville. L'on y trouve certaines des rues les plus animées, avec plein de magasins qui proposent plein de trucs jolis. Je résiste à l'appel de la consommation compulsive et retiens mes pulsions d'achat. Je remonte par la cathédrale, située près de mon auberge de jeunesse. La cathédrale est assez belle, haute et grande, avec des branches de pandanus accrochées à la porte et sur les murs. Drôle de mélange entre le catholicisme européen et la culture des îles.

Puis je retourne à mon auberge, suant à n'en plus pouvoir. Je me repose une demi-heure avec un bouquin à la main, pour éviter l'insolation, avant de me rendre au Best Café (avec un carton de livres sous le bras), où je vais manger et attendre Sylvie qui doit m'y rejoindre. Le Best Café est tenu par William, qui héberge Sylvie cette semaine. J'arrive comme une princesse, car William m'installe à une grande table pour moi toute seule. C'est la classe de connaître quelqu'un qui connaît tout le monde, en fait. Je mange une bonne plâtrée de pâtes au saumon (on ne se refait pas), les yeux rivés sur les pages de mon livre. Il n'y a rien de pire pour une fille que de manger seule au restaurant, parce qu'il y a toujours quelqu'un pour t'enquiquiner, même quand on affiche ostensiblement qu'on est très occupée à lire. Un gugus, à qui j'ai adressé un sourire compatissant parce qu'il s'était mangé une marche de l'escalier, vient m'offrir un café (après qu'il ait passé plusieurs minutes à hésiter, j'y vais, j'y vais pas). L'ennui, c'est que le gugus en question a l'âge de mon père. Alors bon, c'est gentil, mais je n'ai aucun problème avec mon complexe d'Oedipe, merci. Il aurait été plus jeune, là, j'aurais pas dit non... La vie est mal faite.

Plutôt étonnée par cette approche à laquelle je ne suis pas trop habituée, et par les nombreux regards que me jettent les hommes qui rentrent dans le restaurant (j'ai un truc entre les dents, ou quoi ?), je réalise brusquement que je porte un débardeur blanc. Sans soutien-gorge. Et par temps humide. Pour la peine, mon 85B est bien mis en valeur... Ajoutez à ça un petit short (ben oui, il fait chaud, je m'équipe en conséquence) : je dois avoir l'air plutôt racoleuse. Je n'avais pas du tout pensé à ça quand je me suis habillée ce matin... Dans ce genre de situation, la seule solution est de rester digne. Je suis à moitié nue, oui et alors ? Un air digne, une petite moue sévère genre "fais moi pas chier", et le mâle se tient à distance. J'ai ainsi évité le viol collectif, mais pas les regards lubriques. Tant pis. Même pas peur.

Le repas terminé, je discute un peu avec William, puis Sylvie arrive et m'explique ce que je dois faire pour les jours prochains. Je l'accompagne ensuite dans sa tournée des commerçants qu'elle connaît. Nous allons saluer entre autres les libraires qui accueillent les dédicaces et leur distribuer quelques livres, et nous passons voir un très sympathique commerçant que Sylvie connaît bien (ex-diplomate au Japon), qui nous raconte des blagues et veut me faire dessiner des conneries sur son livre d'or. La pluie se met alors à tomber, et nous terminons nos démarches sous une pluie battante. Les pieds trempés et les cheveux ruisselant dans les yeux, je perds mes tongs tous les trois mètres, ça fait bien rire les kanaks qui sont assis nonchalemment sous leur porche.

La pluie se calme, j'en profite pour récupérer mon ordinateur (et enlever mes vêtements de pute roumaine) et rejoindre Sylvie au Best Café. Entretemps je me tape pour la énième fois la volée de marches qui conduit jusqu'à l'auberge, et croyez-moi, ce n'est pas de la tarte. J'arrive essouflée et dégoulinante de transpiration en haut de la montée. Je vais avoir des cuissots musclés à mon retour en France... J'essaie de travailler un peu depuis le Best Café, mais j'ai un gros coup de barre et j'ai tout juste le courage de regarder mes e-mails deux minutes sur l'ordinateur de Sylvie, connecté au wifi. Sylvie attend un de ses amis, professeur au Lycée d'hôtellerie Escoffier, qui est un établissement très reconnu dans le monde entier. En l'attendant, nous prenons un apéritif, Suze et vodka orange. Je vous laisse deviner mon choix (Zubrowska powa). Puis l'ami de Sylvie, très drôle et sympathique, nous embarque dans un restaurant chinois qu'il connaît bien, où je déguste un délicieux canard aux litchis avec une sauce douce qui m'est inconnue. Même que j'arrive à manger mon riz avec les baguettes sans en foutre partout par terre.

Il me dépose à l'auberge, en échange des cartons de livres qu'il entasse dans son coffre, sous une pluie tenace. Je me jette aussitôt sous la douche pour me débarrasser des couches successives de sueur et de pluie qui encombrent ma peau. Je découvre au passage des débuts d'ampoule sur mes plantes de pied. Aïe. Vais-je devoir renoncer à la ventilation naturelle des tongs pour le confort plantaire étouffant des baskets ? Vous le saurez dans le prochain épisode. En attendant, je vais dormir. J'ai trooop de trucs à faire demain, vous avez même pas idée.

jeudi, 17 avril 2008

Lundi 24 mars : Nouméa

Aujourd'hui, lundi de Pâques, Noumée est toute anesthésiée, rien n'est ouvert. Du coup, je ne me presse pas, et c'est Sylvie qui frappe à ma porte à 11h, pendant que je lis un roman. Après une douche rapide nous partons à pied pour une petite visite du centre-ville. Sylvie connaît bien Nouméa, elle a même failli s'y installer. Il n'y a pas grand chose à voir, pas un rat dans les rues d'habitude très animées. Par-contre je vois une petite souris sous un des flamboyants (c'est un arbre) de la Place des Cocotiers. Nous abrégeons la promenade (c'est tellement mort que je ne prends aucune photo), et décidons d'aller tout simplement nous poser à la plage. J'en profite avant de quitter le centre-ville pour retirer 20 000 F CFA (environ 160 euros). La vie est chère en Nouvelle-Calédonie, très chère... Aïe le porte-monnaie.

Nous optons pour un taxi, parce que les bus se font rares le lundi de Pâques. Il nous dépose au pied de l'Anse Vata, une jolie baie squattée par les grands hôtels et les résidences des zoreilles (les métropolitains installés en NC). Pour la première fois depuis des jours, dixit les locaux, il fait soleil. Un grand soleil même, et c'est un plaisir de se vautrer au soleil, malgré une épilation approximative. La plage de sable est très étroite, seulement trois mètres de large, et tout le monde s'installe sur la pelouse qui sépare la plage du trottoir. Quelques palmiers dispensent une pénombre agréable, qui permet de se protéger du soleil lorsque ses rayons deviennent trop mordants.
 
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L'eau est d'huile, et c'est un bonheur d'y nager. Elle n'est pas si chaude que ça, on sent quelques courants d'eau froide qui chatouillent le ventre, mais tout est relatif. Il doit facilement faire 30 degrés ici, et l'air est lourd, donc forcément l'eau paraît bien fraîche. Je suis quasiment seule à patauger dans un périmètre de 50 mètres carrés, et j'en profite pour faire des longueurs. Nous sommes bien loin des plages surpeuplées de Narbonne, où il faut se battre pour disposer sa serviette et slalomer entre les joueurs de raquette, les marmots braillards et les mamies vacillantes pour rejoindre les vagues. Mais une plage n'est pas vraiment une plage sans la présence d'un grumeau en train de faire des crottes de sable. De fait nous nous retrouvons rapidement entourées de familles avec des enfants en bas âge. Et ça couine, et ça pleure. Hm. Heureusement que j'ai une grande capacité à faire abstraction du monde extérieur.
 
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Au bout de trois heures de cuisson à feu doux, et une Sylvie bien rouge (le pouvoir de la crème solaire est avec moi cette fois-ci, ma peau se porte comme un charme), nous partons grignoter quelque chose. Je n'ai rien mangé depuis l'avion, vu que tout est fermé à Nouméa pendant Pâques, et mon estomac commence à protester sérieusement. La gargote la plus proche est tenue par un zoreille arrivé depuis six mois, et qui ne manque pas de me faire remarquer mon accent de toulousaine-narbonnaise. Finalement, y'a qu'en Nouvelle-Zélande qu'on ne me fait pas chier pour ça. Et encore. Enfin bon. Je commande un steak frite et Sylvie une salade, qui se révèlent assez mal préparés.

Le repas fini, Sylvie repère un ami à elle en train de s'installer à une autre table. Ni une ni deux nous voilà attablées avec lui et son collègue, deux scientifiques en biologie marine. Très sympathiques d'ailleurs, nous passons deux heures à rigoler avec eux. Ces deux hommes ont parcouru le monde entier, de véritables globe-trotteurs, par goût et pour l'amour de la recherche (...).

Il est bientôt 17h, la nuit ne va pas tarder à tomber (vers 18h30). Nous flânons le long des vitrines : à l'Anse Vata, les magasins sont ouverts même aujourd'hui, pour les touristes. Je prends quelques photos du soleil couchant qui illumine la baie et les nuages, c'est sublime. Et puis voilà, il fait nuit. J'apprécie le rafraîchissement (relatif) de l'air, qui ne me colle plus à la peau. Il est temps de rentrer, de toute manière il n'y a plus rien à faire. Le fonctionnement des bus à Nouméa étant peu explicite, je préfère en recourir au service d'un taxi, au moins pour ce soir. Il n'est que 19h, et j'ai déjà sommeil. Alors, bonne nuit...
 
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mercredi, 16 avril 2008

Dimanche 23 mars : l'équipée sauvage à la calédonienne

Comme promis, je débute enfin le récit des mes aventures trépidantes en Nouvelle-Calédonie. J'ai été méga palpitée dès le premier jour, donc le premier compte-rendu sera scindé en plusieurs notes de manière à ne pas provoquer d'intoxication alimentaire blogosphaire chez le lecteur. Et ne criez pas à l'injustice par manque de photographies, il n'y avait pas grand chose à immortaliser le premier jour, hormis le plateau repas de l'avion ou le sourire la grimace des douaniers. Z'allez voir pourquoi.

Pré Scriptouille : Han, c'est trop joli le orange. Ca jure grave avec le vert de la présentation générale, j'adore.

Pré Scriptouille deuxième : Le récit est écrit au jour le jour, donc faites comme si nous étions le dimanche 23 mars. Un peu d'imagination, diantre foutre fichtre.

 

(Ouvrez les guillemets :) Somme toute, l'angoisse qui m'étreignait hier était justifiée. Je crois n'avoir jamais vécu une journée de voyage aussi rocambolesque et, même, n'ayons pas peur des mots, merdique.

A 6h30, en ce dimanche matin de week-end de Pâques, je suis douchée, habillée, valise faite et ordinateur rangé. Normal, j'ai fait nuit blanche, donc je suis loin d'être à la bourre. En revanche, ce n'est pas le cas des autres protagonistes. A 4h30, Sylvie est allée se coucher "une petite demie heure" (sic). Deux heures plus tard, je me résous à aller la réveiller, sous peine d'être contraintes de gagner Nouméa à la nage, les cartons de livres sur la tête. A 7h, (après un câlin au chat - les enfants dorment encore) nous décollons en voiture avec Hervé et Liivi (l'amie d'origine estonienne avec qui j'avais bossé sur la traduction d'un livre). Hervé est clairement dans le pâté, s'étant arraché du lit cinq minutes avant de partir. Et après ça fait son malin comme quoi "l'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt"... Et la feignasse n'est pas celle que l'on croit. En plus, pour la peine, j'ai pu admirer la magnifique pleine lune dans le ciel du petit matin, tout frais nimbé d'une douce lumière bleutée.

L'aéroport de Nelson n'est pas très loin, Hervé nous dépose rapidement pour retourner auprès des enfants livrés à eux-mêmes, et nous entamons les formalités d'enregistrement des bagages en compagnie de Liivi. Je n'ai qu'une petite valise (la même que celle que j'ai utilisé pour mon tour de l'île du Sud), et Sylvie n'a pas beaucoup d'affaires personnelles non plus. En revanche, nous sommes chargées comme des mules avec cinq cartons de bouquins, et quelques bouquins glissés dans la valise de Sylvie. Au total, quatre-vingt-dix kilos de bagages. Je vous dis pas les frais de supplément que Sylvie a dû payer. Normalement les livres auraient dû être envoyés aux librairies par cargo bien avant que nous n'arrivions, mais les délais d'impression du petit dernier, L'envol, et le temps de voyage moyen d'un colis jusqu'à Nouméa (plus de trois semaines...), ne nous ont pas laissé le choix. Mais c'était une très mauvaise idée. Vraiment très mauvaise.

Quoiqu'il en soit, pour l'instant, hormis les frais de supplément qui font toujours mal au cul, les choses démarrent bien. Nous profitons d'une heure et demi de battement avant l'embarquement pour discuter avec Liivi autour d'un café. Dans la lumière blafarde du matin et l'atmosphère morne du petit aéroport, je sens de mon côté un gros coup de barre s'annoncer, et m'affale sur la table pour quêter un brin de sommeil. Je grapille quelques minutes, les yeux fermés et la tête sur mes bras, puis tente tant bien que mal de faire acte de présence. C'est la dernière fois que je vois Liivi avant longtemps, alors c'est la moindre des choses.

L'embarquement est annoncé, nous montons dans l'avion. Je suis d'ailleurs étonnée par la tranquilité de cet aéroport où personne ne contrôle les bagages à main avant de monter dans la bête. Assez surprenant quand on compare avec les précautions presque hystériques des aéroports internationaux. Le vol jusqu'à Auckland est rapide dans le petit avion, seulement une heure et demi. A peine le temps de m'endormir une petite demi-heure, et encore. J'arrive à Auckland l'oeil hagard et le cheveu terne à cause de ce temps de sommeil trop court, et Sylvie ne vaut pas tellement mieux. Nous récupérons nos septs valises et cartons, et gambadons jusqu'au terminal international avec nos chariots à bagages dûment chargés. Il faut dix minutes de marche sur les trottoirs de l'aéroport pour rejoindre l'autre terminal. Il fait grand soleil, et on se marre parce que les valises se cassent la gueule et qu'on n'arrive pas à remettre la plus grosse (32 kilos quand même) dans le droit chemin. Les chariots glissent, le mien essaie de m'entourlouper en roulant jusqu'au bord de la route, et on crée un bouchon matinal sur la voie de transit parce que nos chariots traînent bien au milieu. Normal, quoi.

Nous avons du temps avant notre vol pour Nouméa, mais nous préférons nous débarrasser maintenant de ces quatre-vingt-dix kilos encombrants. Après une attente d'une demi-heure avant l'ouverture du guichet, la fille qui procède au check-in prend terriblement son temps et s'emmêle quand même les pinceaux. Elle colle les tickets des cartons sur mon billet et pas sur celui de Sylvie. En plus, elle ne me donne pas ma carte d'embarquement, ce que je ne remarque pas sur le moment, toute obnubilée que je suis par la restitution de mon passeport (qu'elle conserve religieusement depuis déjà dix minutes). 

Nos bagages embarqués, nous payons la taxe de départ (25NZ$ pour tout voyageur quittant le territoire). Puis nous passons le contrôle des bagages à main (où il faut sortir l'ordinateur du sac et enlever sa ceinture - je me retrouve ensuite comme à chaque fois à me battre pendant dix minutes avec l'ordinateur qui ne veut pas retourner dans le sac, tandis que mon pantalon me tombe sur les chevilles). Juste après se trouvent les douanes néo-zélandaises (oui, même pour les départs). Confiante, pure et innocente comme l'agneau naissant, je fais mon plus beau sourire au douanier (au demeurant plutôt pas mal) en lui donnant mes billets et mon passeport. Ledit douanier me regarde d'un air interloqué : "mais vous n'avez pas de carte d'embarquement ?". Ah ben oui, maintenant que tu le dis... Merde alors. Je lui explique que la dame du check-in ne m'a rien donné d'autre, et que la dame de la taxe de départ n'a même pas tilté. Il m'adresse un regard compatissant mais inquiet. Je déglutis avec appréhension, et me fustige intérieurement de n'avoir pas vérifié la présence de ma carte d'embarquement. Ce n'est pas la première fois que je prends l'avion, bon sang. Il me demande gentiment de le suivre, et j'imagine déjà subir un interrogatoire musclé type Guantanamo dans une petite pièce sans fenêtre et avec un miroir sans tain. Adieu Nouméa, bonjour le pyjama orange.

(...) 

L'équipée sauvage à la calédonienne (2)

(...)

Et puis finalement non, il me fait patienter devant le donjon des douaniers pendant qu'il explique ma situation à son collègue. Je vois à travers la vitre qu'il m'observe d'un drôle d'air, comme si cette erreur d'inattention allait me conduire à la lapidation publique sur le tarmac. Ou alors il est tombé sous mon charme, mais j'en doute fort. J'ai pas l'air fine, à cet instant précis de la journée. Je vérifie que la fameuse carte ne soit pas cachée dans un repli de mon sac, mais non. La vilaine dame a bien oublié mon boarding pass. Après (je suppose) vérification de mon identité et de la validité de mon check-in, un autre douanier vient me ramener mon billet et mon passeport, avec en prime un sourire et un mot d'excuse. Y'a pas à dire, les douaniers kiwis sont les plus gentils que j'ai jamais vu.

Pour se remettre de ces émotions, Sylvie m'entraîne aussitôt vers les magasins duty-free, fait une razzia sur les parfums et achète une crème de beauté hors de prix (La Mer, pour les connaisseuses... Je m'évanouis rien qu'à la vue du prix). Duty-free ou pas duty-free, je n'ai pas spécialement envie de dépenser mon fric dans un nouveau parfum (mon Black XS me convient amplement) ou dans un produit de beauté (que j'appliquerai une fois par mois, et encore, parce que ça me gonfle). Je regarde d'un air curieux les rayons des produits de La Prairie, de La Mer (les cosmétiques de luxe sont très bucoliques), de Dior et de toutes ces marques qui vendent à des prix faramineux une molécule miracle dans un beau couvercle qui fait joli à côté de ton peigne à cheveux. J'aime bien en fait, mais je n'en achète jamais. C'est juste impensable, et même grossier, pour mon budget d'étudiante qui vit aux crochets de ses parents.

Bref bref. Pendant que Sylvie paie ses achats, j'achète quelques cartes postales que j'ai promis d'envoyer depuis des mois. Cela sera fait dès mon retour en Nouvelle-Zélande. Puis soudain, alors que nous sommes en quête d'une auberge potable pour grailler, j'entends du bout de l'oreille "Amandine is immediately requested at the transfer desk". Mais vraiment comme ça, juste le prénom, aucun nom de famille. Sur le coup, je m'interloque, je doute, j'hésite, et si quelqu'un avait pour nom de famille Amandine ? Mais cela ne s'est jamais vu, et ce n'est pas un prénom kiwi, donc il ne peut s'agir que de moi. En plus, vu la mouise que je me traîne aujourd'hui, il est très possible que ça soit en rapport avec ma carte d'embarquement inexistante. L'annonce est répétée plusieurs fois, et ça me fait tout bizarre. J'ai l'impression d'être Tom Hanks dans Le Terminal, où tous les employés de l'aéroport le connaissent et l'interpellent par son prénom. Genre ma mésaventure aux douanes a déjà fait le tour de l'aéroport, et tout le monde connaît la petite Française qui n'a pas de carte d'embarquement. Ouais, j'ai des bons délires dans ma tête.

Nous peinons à trouver le fameux transfer desk, malgré plusieurs allers-retours qui commencent à me scier le dos (ça pèse, un ordinateur). Je demande mon chemin à la vieille dame du bien-nommé Help desk, qui me demande de répéter plusieurs fois puis d'écrire ma demande, parce qu'en fait, elle est sourde. C'est très kiwi comme truc, de mettre leurs handicapés dans des postes à la con pour les occuper et les intégrer à la société. En général c'est positif, mais là... mettre une sourde à un poste d'aide et de renseignement dans un aéroport international où la majorité des gens baragouine à peine l'anglais... Sacrés kiwis.

Hop, je me dirige vers le transfer desk avec Sylvie, bien décidées à mettre ça au clair. Je me présente : je suis Amandine, la seule, l'unique (en fait les anglais ont de grosses difficultés à prononcer mon nom de famille. C'est vrai, c'est trop compliqué un nom en trois lettres avec un r au milieu). Je m'attends à ce que l'hôtesse me déblatère au sujet de ma carte d'embarquement, mais que nenni ! Elle me convie à patienter un instant, et dit qu'elle m'envoie quelqu'un. Ouh putain, mais c'est Guantanamo encore ou le club des VIP ?! Une nénette se radine, et nous affirme que nous n'avons pas payé pour l'énorme supplément bagage. Ah mais si ma brave dame, tenez voilà le reçu. Les deux hôtesses semblent parfaitement esbaudies face à ce prodige, un supplément payé qu'est pas payé. En fait, c'est Sylvie qui a déclaré et payé pour les suppléments bagage, mais les tickets des bagages ont été collés sur mon billet à moi. D'où embrouille informatique, j'imagine. Pour la peine, je m'incruste dans la conversation (après tout, c'est moi qu'on a appelé, non ?) et explique mon problème de carte d'embarquement. Nouveaux regards d'incompréhension de la part de mes interlocutrices. Hé ouais les filles, quand c'est le caca une fois, c'est le caca partout. Mais j'obtiens ENFIN mon boarding pass que je brandis avec fierté aux yeux du monde transi. Je suis EN REGLE. Je ne suis plus la voyageuse mystère qui n'a qu'un simple prénom.

Sur ces entrefaites, et après un peu d'auto-promo de Sylvie qui ne loupe pas une occasion de parler des bouquins (et tant mieux, faut bien les vendre), nous revenons à notre objectif premier : manger. En gros, nous avons le choix entre un Burger King et une bakery pourrie. Fidèle à moi-même, je refuse tout net le Burger King que-d'abord-c'est-même-pas-bon, et nous testons l'espèce de bakery. Avec regret. C'est très mauvais. Nous aurions dû manger avant de passer les douanes, il y avait plus de choix.

Un peu plus tard, je manque perdre Sylvie qui ne me voit pas et me cherche pendant dix minutes. Elle est aussi myope que moi et refuse de porter ses lunettes, sauf en cas de nécessité nécessiteuse. Du coup, elle ne voit personne. Ce petit jeu de cache-cache improvisé nous conduit tout droit à la porte d'embarquement, où heureusement il ne nous arrive rien. Même que je n'ai pas de voisin à ma gauche dans l'avion. Les emmerdes seraient-elles finies ? Mais non, sinon ce ne serait pas drôle.

(...) 

L'équipée sauvage à la calédonienne (3)

(...)

Le vol jusqu'à l'aéroport de la Tontouta dure environ trois heures. J'essaie de dormir, mais l'étroitesse des places, la climatisation à fond et les interruptions des hôtesses pour la distribution des immondes plateaux repas m'en empêchent. Au total, je ne dors qu'une heure, quelques minutes par-ci et quelques minutes par-là. Je commence à être un poil fatiguée quand même. A la sortie de l'avion (bonnes dernières, nous nous faisons expulsées par les stewarts pressés, qui ne veulent pas nous laisser terminer de remplir le papier pour la douane), premier choc : l'air est lourd, chaud, humide, poite. Je me mets aussitôt à transpirer, mais c'est comme si la transpiration tentait de rentrer par les pores de la peau plutôt que d'en sortir. Le ciel est couvert, mais il ne pleut pas. C'est déjà ça, sachant que la Nouvelle-Calédonie ne connaît que la pluie depuis trois semaines.

Dans le hall de l'aéroport, c'est pire : l'air est comme figé dans sa moiteur. Je suppose qu'on s'y habitue au bout de quelques jours, mais j'avoue que c'est violent comme changement, après la fraîche Nouvelle-Zélande. Evidemment, Sylvie et moi nous plantons dans la mauvaise file de la douane, celle qui est réservée aux non-résidents de l'Union Européenne. Ce n'est pas très grave, les douaniers ne nous font aucune remarque. Je me prends à espérer que tout va se dérouler comme sur des roulettes, comme d'hab (je n'ai jamais eu trop d'ennuis au cours de mes voyages). Mais c'était sans compter sur le zèle d'un douanier qui, au second contrôle (celui des bagages), me repère avec mon chariot plein de cartons et commence à me poser des questions. Pas contrariante, je lui réponds gentiment, mais je commets l'erreur de lui dire "que les livres sont là pour être vendus". Je me mords aussitôt la langue, mais c'est trop tard, le mot est lâché. Il faut savoir qu'il est interdit d'apporter des biens destinés à la vente lorsqu'on prend l'avion, parce que les biens commerciaux sont soumis à des taxes spécifiques et que ça s'apparente quand même beaucoup à du marché noir, cette pratique. Dans notre cas, les livres sont commandés par les librairies de Nouméa, il ne s'agit pas d'un trafic, mais nous n'avons aucune facture à présenter pour l'attester.

Le douanier nous impose alors une fouille complète des valises et des bagages à main. Il veut voir les ordinateurs, les appareils photos, fouille ma besace et la valise de Sylvie. Je reste silencieuse, un peu inquiète et me contentant de répondre aux questions, mais Sylvie s'énerve un peu face au manque de bonne volonté manifeste du douanier. Je lui montre un article paru le jour même dans la presse locale, et prouvant que Carène Wood est en dédicace à Nouméa. Il insiste pour voir la facture des livres, que nous n'avons pas, et décide de m'expliquer la vie en me disant qu'il a aussi besoin des factures des ordinateurs et des appareils photos. Parce que "vous comprenez, je ne peux pas savoir si vous ne comptez pas revendre vos biens à quelqu'un sur place". Je reste coite, assez étonnée par le raisonnement. Je ne comprends pas comment le fait de posséder les factures d'achat des appareils garantirait que je ne suis pas là pour les revendre en douce sur le marché calédonien. Parce que ça prouve que je n'ai rien volé ? Mais qu'est-ce qui m'empêche de revendre en douce un bien qui m'appartient légalement ? Il commence à me dire qu'en Nouvelle-Calédonie, on fait payer des taxes sur certains biens achetés en métropole. Je lui rétorque que je n'ai aucunement l'intention de me débarrasser de mes appareils, mon ordinateur à moi c'est mon meilleur ami, et mon appareil photo, presque je dors avec. Et que je ne vois pas pourquoi je paierais quelque chose pour un bien privé et qui va le rester. 

Finalement, son collègue, qui était resté plutôt silencieux jusque là, s'en mêle et fait comprendre à son zélé compatriote qu'il doit lâcher l'affaire. Nous ne sommes peut-être pas complètement en règle avec les lois très strictes de l'aéroport, mais nous sommes clairement de bonne foi, et cela ne vaut pas la peine que les douaniers perdent leur après-midi à rédiger de la paperasse. Son copain acharné insiste un peu, "oui mais elles n'ont pas la facture des livres, c'est un délit", mais l'autre n'a visiblement pas envie de perdre son temps pour une infraction mineure. Et puis l'aéroport ferme.

Nous pouvons partir. Mais du coup, quand nous sortons, tous les taxis sont partis avec leur cargaison de voyageurs. Nous parvenons malgré tout à choper la dernière navette qui s'apprêtait à partir, et pouvons monter. Ouf. Bien crevées, nous soufflons un peu dans le bus, et je peux enfin découvrir le paysage calédonien pendant les cinquante kilomètres qui nous séparent de la capitale. C'est vert, c'est rouge, c'est touffu et tropical. Mais très vite nous atteignons la périphérie de Nouméa, une grande zone industrielle et commerciale plutôt pourrie, avec des bâtiments abîmés par l'humidité et l'usure du temps. C'est peu ragoûtant. Le bus nous dépose avec deux autres personnes au bord de la route, pour qu'une petite navette vienne nous emmener jusqu'au centre-ville (et à l'auberge de jeunesse). Deuxième choc : le conducteur de la navette parle dans un dialecte local incompréhensible (il existe vingt-six dialectes en NC), et j'ai du mal à comprendre le français d'un autre qui vient me demander un renseignement. Genre j'ai une tête à savoir où je suis et ce qui s'y passe. Mon incompréhension le fait sourire, et il répète plus doucement, en vain. Ouille, quel accent surprenant. Sylvie vient heureusement à mon secours.

Finalement nous atteignons enfin l'auberge, après un rapide petit tour dans le centre-ville. C'est dimanche, week-end de pâques, la ville est comme anesthésiée. Ce n'est même pas la peine de songer à vouloir se promener, à moins d'aimer les rues inertes.

Le truc, c'est que les ennuis ne sont toujours pas finis. Sylvie possède trois téléphones, un pour la Nouvelle-Zélande, un pour la France et un pour la Nouvelle-Calédonie. Evidemment, le dernier n'a plus de batterie lorsqu'elle veut l'utiliser, et les autres n'ont pas de réseau. Elle ne peut donc pas prévenir l'ami qui l'héberge quelques jours. Les gérants de l'auberge acceptent qu'elle utilise le téléphone, mais elle tombe sur quelqu'un qui n'est pas celui qu'elle cherche. C'est quoi ce bordel ? Sans ce coup de fil, elle est coincée, tout est fermé dans Nouméa. De mon côté, je m'installe dans la chambre que j'avais réservée. C'est toujours très poite, le mobilier est sommaire, le ventilateur date de Mathusalem, les chiottes ont connu des temps meilleurs et l'eau de la douche est plutôt froide, mais en même temps je n'ai pas réservé au Ritz. Et somme toute, une douche froide c'est parfait vu l'épaisseur de l'air. En plus c'est vraiment pas cher (30 euros la nuit) comparé aux autres hébergements dans Nouméa. La vie est excessivement chère en Nouvelle-Calédonie, comme à Tahiti. Certes, j'ai les moyens de me payer quelque chose d'un peu plus cher, mais comme je suis financée par mes parents, je n'ai pas envie de dépenser ce fric en luxe inutile. C'est déjà pas mal de pouvoir voyager. Et après tout, je n'ai besoin que d'un lit et d'une douche. Et l'auberge est en plein centre-ville, c'est pratique. 

Néanmoins, Sylvie n'a toujours pas résolu son problème. En attendant, nous décidons de stocker les cartons et sa valise dans ma chambre. Il y a une bonne quinzaine de marches à descendre et à monter (c'est tortueux), et un valeureux mâle se propose pour nous aider, vu que nous avons du mal à hisser l'âne mort de trente kilos. Nous entassons tout ce souk dans ma chambre, et nous transpirons comme après un marathon. J'ai l'impression de couler par tous les pores de la peau, et le plus drôle, c'est que ça ne s'arrête pas quand on ne bouge pas. Il faut avouer que je n'ai jamais trop supporté la chaleur. Mûe par l'espoir, Sylvie retente d'appeler le numéro de son hébergeur, et miracle ! il décroche. Le mystère du premier coup de téléphone et de l'interlocuteur inconnu reste sans réponse, mais au moins le problème est résolu. L'ennui, c'est qu'il faut ressortir la valise qui contient les affaires de Sylvie. Oui, celle qui pèse trente tonnes. Bravement, nous réitérons l'expérience dans l'autre sens, et retombons sur notre sauveur de tout à l'heure. Il hallucine face à ces deux femmes qui ne savent pas ce qu'elles veulent ni ce qu'elles font, mais touché par le côté pathétique de notre situation, il nous aide encore. Après tout ce cirque, les gérants et les clients nous ont bien repérés, mais ça a le mérite de lancer la discussion.

En effet, troisième choc : tout le monde parle à tout le monde, et tout le monde se tutoie. Les gens s'intéressent, posent des questions, sont prêts à aider, et n'hésitent pas à vanner aussi. Une ambiance très agréable.
Pour l'instant, il est bientôt 22h heure locale, mais dans ma tête il est bientôt minuit (deux heures de décalage avec la Nouvelle-Zélande). Je suis épuisée, courbaturée de partout entre l'avion et le port de carton, sans oublier l'humidité qui réveille mes rhumatismes. Et malgré tout, je trouve cette journée trop marrante. Pas une fois je n'ai ressenti un coup de mou ou un sentiment de ras-le-bol, juste un peu d'angoisse lorsque tout semble se liguer pour t'empêcher d'arriver à bon port. Mais j'ai trouvé ça extrêmement drôle, cette accumulation d'emmerdes. Suis-je maso, tout compte fait ? (Fermez les guillemets)

Premières images de Nouméa, prises le soir depuis l'auberge de jeunesse :

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Sur cette photo (prise depuis ma chambre), on distingue le Port Moselle à droite, et sur la gauche du Port, le toit bleu du Marché. 
 
 

 

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