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samedi, 19 avril 2008
Mercredi 26 mars
J'ouvre les yeux sur un ciel chargé de pluie. La météo augure mal de la journée, et pourtant j'ai tout un tas de tâches à accomplir. Comme je n'ai aucune envie de me mouiller les os, je reste dans mon lit une heure de plus, le temps que la pluie s'arrête. Du coup, il est déjà 11h lorsque je décolle, mais peu importe, je peux vaquer jusqu'à 18h, heure de la première dédidace de Sylvie à la librairie Calédo Livres. Je pars donc en vadrouille dans Nouméa, que je commence à connaître, du moins le centre-ville. Mon premier objectif est une visite de l'hôpital Raoul Follereau, sur lequel je dois pondre un reportage pour KFM. Manque de pot, l'hôpital du centre-ville n'est pas celui que je cherche. A l'office du tourisme installé Place des Cocotiers, l'on m'indique que le centre Follereau se trouve au nord du centre-ville, bien excentré. Je reporte donc ma visite à plus tard.
Second objectif, distribuer des affiches aux offices de tourisme et aux magasins de l'Anse Vata (où Sylvie et moi étions déjà passées lundi). Les offices acceptent sans problème de l'afficher, mais je crains que ça ne soit pas aussi facile avec les magasins. En attendant, je galère une demi-heure pour comprendre le fonctionnement des bus, en vain. Je me résous à quêter une information auprès de l'office, qui m'explique où trouver le bus de la ligne 1 qui me mènera jusqu'à la Baie des Citrons. Cette Baie est située juste avant l'Anse Vata lorsqu'on vient du centre de Nouméa, il me sera donc facile de rejoindre l'Anse Vata ensuite.
Toutes ces démarches me permettent de découvrir une Nouméa pleine de vie, maintenant que toute la population est revenue de la brousse. En effet, pendant le week-end de Pâques (version longue du vendredi au mardi), tout Nouméa s'en va fêter en famille, en "brousse", c'est à dire dans les villages de la Grande Terre. De fait, ce n'est qu'aujourd'hui que je peux constater à quel point Nouméa est animée, entre les échoppes colorées, les popinées (signifiant "femme") en "robe mission" (l'habit local) qui font leur marché, papotent ou trimballent leur marmaille, les kanaks mâles qui prennent le frais sous les palmiers, les joyeux embouteillages de bus et de voitures, et la chaleur moite d'une matinée pluvieuse. 85% ou 90% d'humidité de l'air, ça ne s'invente pas. Mais je commence à m'y faire, avec une bonne bouteille d'eau et des arrêts réguliers à l'ombre (enfin, quand soleil il y a). Ce qui me rassure, c'est que même les locaux semblent souffrir de la chaleur de ce début de saison des pluies. Je me sens moins "zoreille fraîchement débarquée".
Aujourd'hui, j'ai fait attention à m'habiller d'une manière décente, avec un pantacourt orange d'hippie et un tee-shirt (avec soutif). Pourtant, je me fais encore mater et siffler dans les rues, notamment dans les quartiers les plus populaires. C'est clair que je ne suis plus en Nouvelle-Zélande là, où les hommes n'osent même pas te regarder dans les yeux. Sinon, je remarque que malgré l'aspect cosmopolite de la ville, la séparation kanak / caldoche (les blancs nés sur le Caillou) est réelle. Certains endroits sont clairement kanak ou caldoche, et l'on ne voit que des canaques dans les transports en commun et à pied. Le caldoche ou le zoreille se déplace de préférence en touareg ou pigeot 307. Les travaux de base comme l'élagage des arbres ou l'entretien des routes sont quasi-exclusivement accomplis par des canaques. De plus, les fonctionnaires évitent en général les quartiers kanaks, où ils se savent (ou s'imaginent ?) peu appréciés en raison de leur salaire indexé qui est bien plus élevé que le salaire moyen sur la Grande Terre. Les fonctionnaires indexés sont à peu près les seuls à ne pas souffrir des problèmes d'inflation du coût de la vie, qui est un véritable problème en Nouvelle-Calédonie (comme à Tahiti, et en général les îles). Pourtant Nouméa est réputée comme la ville la plus métissée et la plus ouverte du Territoire (c'est ainsi que les locaux qualifient la Nouvelle-Calédonie - officiellement, la NC est désormais un POM, Pays d'Outre Mer)... J'ose à peine imaginer la ségrégation et le racisme qui doit régner en brousse. Ca me rappelle un article que j'ai lu dans le papelard local, où le journaliste rappelait que l'ancien maire de Nouméa, réputé pour son franc-parler, avait l'habitude de dire "nous sommes tous un peu racistes ici".
Quoiqu'il en soit, je prends enfin le bus, qui est plutôt récent. Détail amusant, le bouton d'arrêt enclenche une sonnerie stridente pour signaler au chauffeur de s'arrêter à la prochaine station. C'est plutôt surprenant la première fois (le premier qui me dit que ça existe aussi en métropole, je le mords. Je m'émerveille d'une connerie si je veux, d'abord. ). Quelques minutes après que je me sois assise, une vieille dame en robe mission vient s'asseoir à côté de moi, et me demande au bout de quelques kilomètres d'appuyer sur le bouton à sa place, vu que je suis plus près. Ce faisant, elle m'adresse son plus beau sourire édenté. J'aime bien cette facilité de contact avec la population, c'est agréable. Mais il ne faut pas confondre cette facilité à communiquer avec n'importe qui et de véritables relations de confiance. Paradoxalement, le véritable contact est plus difficile à créer, malgré un tutoiement quasi-obligatoire avec tout le monde. Il est ainsi presque impoli de vouvoyer son interlocuteur, surtout si l'on a affaire à un kanak.
Second objectif, distribuer des affiches aux offices de tourisme et aux magasins de l'Anse Vata (où Sylvie et moi étions déjà passées lundi). Les offices acceptent sans problème de l'afficher, mais je crains que ça ne soit pas aussi facile avec les magasins. En attendant, je galère une demi-heure pour comprendre le fonctionnement des bus, en vain. Je me résous à quêter une information auprès de l'office, qui m'explique où trouver le bus de la ligne 1 qui me mènera jusqu'à la Baie des Citrons. Cette Baie est située juste avant l'Anse Vata lorsqu'on vient du centre de Nouméa, il me sera donc facile de rejoindre l'Anse Vata ensuite.
Toutes ces démarches me permettent de découvrir une Nouméa pleine de vie, maintenant que toute la population est revenue de la brousse. En effet, pendant le week-end de Pâques (version longue du vendredi au mardi), tout Nouméa s'en va fêter en famille, en "brousse", c'est à dire dans les villages de la Grande Terre. De fait, ce n'est qu'aujourd'hui que je peux constater à quel point Nouméa est animée, entre les échoppes colorées, les popinées (signifiant "femme") en "robe mission" (l'habit local) qui font leur marché, papotent ou trimballent leur marmaille, les kanaks mâles qui prennent le frais sous les palmiers, les joyeux embouteillages de bus et de voitures, et la chaleur moite d'une matinée pluvieuse. 85% ou 90% d'humidité de l'air, ça ne s'invente pas. Mais je commence à m'y faire, avec une bonne bouteille d'eau et des arrêts réguliers à l'ombre (enfin, quand soleil il y a). Ce qui me rassure, c'est que même les locaux semblent souffrir de la chaleur de ce début de saison des pluies. Je me sens moins "zoreille fraîchement débarquée".
Aujourd'hui, j'ai fait attention à m'habiller d'une manière décente, avec un pantacourt orange d'hippie et un tee-shirt (avec soutif). Pourtant, je me fais encore mater et siffler dans les rues, notamment dans les quartiers les plus populaires. C'est clair que je ne suis plus en Nouvelle-Zélande là, où les hommes n'osent même pas te regarder dans les yeux. Sinon, je remarque que malgré l'aspect cosmopolite de la ville, la séparation kanak / caldoche (les blancs nés sur le Caillou) est réelle. Certains endroits sont clairement kanak ou caldoche, et l'on ne voit que des canaques dans les transports en commun et à pied. Le caldoche ou le zoreille se déplace de préférence en touareg ou pigeot 307. Les travaux de base comme l'élagage des arbres ou l'entretien des routes sont quasi-exclusivement accomplis par des canaques. De plus, les fonctionnaires évitent en général les quartiers kanaks, où ils se savent (ou s'imaginent ?) peu appréciés en raison de leur salaire indexé qui est bien plus élevé que le salaire moyen sur la Grande Terre. Les fonctionnaires indexés sont à peu près les seuls à ne pas souffrir des problèmes d'inflation du coût de la vie, qui est un véritable problème en Nouvelle-Calédonie (comme à Tahiti, et en général les îles). Pourtant Nouméa est réputée comme la ville la plus métissée et la plus ouverte du Territoire (c'est ainsi que les locaux qualifient la Nouvelle-Calédonie - officiellement, la NC est désormais un POM, Pays d'Outre Mer)... J'ose à peine imaginer la ségrégation et le racisme qui doit régner en brousse. Ca me rappelle un article que j'ai lu dans le papelard local, où le journaliste rappelait que l'ancien maire de Nouméa, réputé pour son franc-parler, avait l'habitude de dire "nous sommes tous un peu racistes ici".
Quoiqu'il en soit, je prends enfin le bus, qui est plutôt récent. Détail amusant, le bouton d'arrêt enclenche une sonnerie stridente pour signaler au chauffeur de s'arrêter à la prochaine station. C'est plutôt surprenant la première fois (le premier qui me dit que ça existe aussi en métropole, je le mords. Je m'émerveille d'une connerie si je veux, d'abord. ). Quelques minutes après que je me sois assise, une vieille dame en robe mission vient s'asseoir à côté de moi, et me demande au bout de quelques kilomètres d'appuyer sur le bouton à sa place, vu que je suis plus près. Ce faisant, elle m'adresse son plus beau sourire édenté. J'aime bien cette facilité de contact avec la population, c'est agréable. Mais il ne faut pas confondre cette facilité à communiquer avec n'importe qui et de véritables relations de confiance. Paradoxalement, le véritable contact est plus difficile à créer, malgré un tutoiement quasi-obligatoire avec tout le monde. Il est ainsi presque impoli de vouvoyer son interlocuteur, surtout si l'on a affaire à un kanak.
La baie des Citrons. Les bâtiments moches ne sont pas que l'apanage du littoral méditerranéen.
J'arrive à la Baie des Citrons, sous un ciel de nouveau menaçant. Je déambule un peu le long de la plage, prends quelques photos et tombe sur l'office du tourisme. La jeune femme m'informe sur une adresse que je cherche, le siège du Télé 7 Jours local. Je dois récupérer un article écrit sur Sylvie il y a quelques semaines. Mais je m'en occuperai demain. En attendant, je me dirige vers l'Aquarium des Lagons, rénové depuis l'été dernier et très réputé. Il est très bien agencé, on peut y voir toutes sortes de poissons et de végétaux endémiques, comme des palétuviers (des végétaux vivipares), la mangrove, le nautile (unique au monde dans un aquarium), une raie blanche... J'ai la chance de tomber à l'heure du nourrissage des poissons, et un sympathique jeune homme vient nous expliquer tout un tas de choses sur les bestioles qu'il nourrit. Très intéressant.
Oh la belle raie blanche à pois noirs !
On se tait et on admire Dame Nature.
Ensuite je remonte jusqu'à l'Anse Vata, sous une pluie fine et incessante. J'essaie de refiler quelques affiches dans les magasins où nous étions allées lundi, mais je ne tombe pas sur les mêmes personnes, et forcément les gens sont assez réticents. Tant pis. Puis la pluie se met vraiment à tomber drue, et je me retrouve rapidement trempée comme une serpillère, le pantacourt ruisselant et le cheveu en poil de chien mouillé. J'aime bien la pluie, surtout quand elle est douce et fraîche comme celle-là, mais en l'occurrence j'ai ma dose. En désespoir de cause je me réfugie sous l'abribus le plus proche, et chope le bus qui me reconduit en centre-ville. Le dernier quart d'heure de marche jusqu'à mon auberge est assez éprouvant, car la pluie mouille et mon sac n'est pas étanche. En plus, je commence à avoir froid. Les automobilistes m'adressent des regards compatissants / encourageants / moqueurs / lubriques (pourtant le tee-shirt mouillé avec un soutien-gorge et le cheveu collé, c'est pas super sexy), et entre piétons on se sourit d'un air déconfit, solidarité oblige.
Frissonnante et trempée jusqu'à la moëlle, je pose mes affaires à sécher au-dessus de mon lit (vu le taux d'humidité, rien ne sèche, mais bon) et me réfugie sous le drap pour me remettre de mes émotions. Je me lève une heure plus tard pour rejoindre Sylvie à la dédicace, où une dizaine de personnes l'écoutent parler de son parcours et ses livres, et lui posent des questions. Tout se passe très bien, je joue mon rôle de photographe à la perfection (les photos sont pourries, mais on va dire que c'est la faute de l'éclairage), je ponctue un peu son discours quand elle m'interpelle, et quelques livres sont vendus. Pas facile de réunir du monde dans une petite librairie et sous la pluie battante, mais le résultat est plutôt probant. Puis nous partons dîner avec Roger, comme hier soir. Il nous amène dans un petit restaurant excellent où je me farcis un carpaccio de cerf aux copeaux de foie gras (hé ouais) puis un magret de canard à la sauce gourmande (sauce aux champignons, crème et foie gras... juste méga-miam), le tout agrémenté d'un petit Madiran fort goûtu. Sylvie ayant eu le tact de signaler qu'elle est journaliste, le patron nous offre une mousse au chocolat juste divine et un petit digestif (manzana pour ma pomme - ahah le jeu de mot, hem). Nous terminons tous seuls dans le restaurant (le calédonien est un couche-tôt), et je prends quelques photos du restaurant et du restaurateur pour un futur article, parce qu'il le mérite bien.
J'en vois d'ici qui râlent et protestent comme quoi j'abuse avec ce festin. Déjà, il faut savoir que j'avais pas mangé à midi (j'étais à l'aquarium), que j'étais invitée (donc on ne refuse pas quand on est polie), et que je devais faire quelque chose pour sauver cette journée plongée sous le signe de l'eau et de la fringue mouillée. Bon. Et puis la prochaine fois, c'est moi qu'invite, ou au moins j'achète une bonne bouteille de vin ou deux (selon si on va au restaurant ou chez quelqu'un), parce que je ne suis pas une radasse quand même.
Et maintenant, distrayons-nous : voici en quelques illustrations un compte-rendu de la dédicace, précis et proche de la réalité.
(Le sympathique Monsieur sur la photographie est le fameux Roger)
Vous dites ?
Pourquoi un bernard-lhermite ?
Et pourquoi pas, d'abord ?
Non, je ne prends pas de drogue.
(L'auteur assume l'entière responsabilité de sa connerie)
05:40 Publié dans Interlude néo-calédonien | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : attention, y'a de l'innovation dans l'air



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