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mercredi, 16 avril 2008
L'équipée sauvage à la calédonienne (3)
(...)
Le vol jusqu'à l'aéroport de la Tontouta dure environ trois heures. J'essaie de dormir, mais l'étroitesse des places, la climatisation à fond et les interruptions des hôtesses pour la distribution des immondes plateaux repas m'en empêchent. Au total, je ne dors qu'une heure, quelques minutes par-ci et quelques minutes par-là. Je commence à être un poil fatiguée quand même. A la sortie de l'avion (bonnes dernières, nous nous faisons expulsées par les stewarts pressés, qui ne veulent pas nous laisser terminer de remplir le papier pour la douane), premier choc : l'air est lourd, chaud, humide, poite. Je me mets aussitôt à transpirer, mais c'est comme si la transpiration tentait de rentrer par les pores de la peau plutôt que d'en sortir. Le ciel est couvert, mais il ne pleut pas. C'est déjà ça, sachant que la Nouvelle-Calédonie ne connaît que la pluie depuis trois semaines.
Dans le hall de l'aéroport, c'est pire : l'air est comme figé dans sa moiteur. Je suppose qu'on s'y habitue au bout de quelques jours, mais j'avoue que c'est violent comme changement, après la fraîche Nouvelle-Zélande. Evidemment, Sylvie et moi nous plantons dans la mauvaise file de la douane, celle qui est réservée aux non-résidents de l'Union Européenne. Ce n'est pas très grave, les douaniers ne nous font aucune remarque. Je me prends à espérer que tout va se dérouler comme sur des roulettes, comme d'hab (je n'ai jamais eu trop d'ennuis au cours de mes voyages). Mais c'était sans compter sur le zèle d'un douanier qui, au second contrôle (celui des bagages), me repère avec mon chariot plein de cartons et commence à me poser des questions. Pas contrariante, je lui réponds gentiment, mais je commets l'erreur de lui dire "que les livres sont là pour être vendus". Je me mords aussitôt la langue, mais c'est trop tard, le mot est lâché. Il faut savoir qu'il est interdit d'apporter des biens destinés à la vente lorsqu'on prend l'avion, parce que les biens commerciaux sont soumis à des taxes spécifiques et que ça s'apparente quand même beaucoup à du marché noir, cette pratique. Dans notre cas, les livres sont commandés par les librairies de Nouméa, il ne s'agit pas d'un trafic, mais nous n'avons aucune facture à présenter pour l'attester.
Le douanier nous impose alors une fouille complète des valises et des bagages à main. Il veut voir les ordinateurs, les appareils photos, fouille ma besace et la valise de Sylvie. Je reste silencieuse, un peu inquiète et me contentant de répondre aux questions, mais Sylvie s'énerve un peu face au manque de bonne volonté manifeste du douanier. Je lui montre un article paru le jour même dans la presse locale, et prouvant que Carène Wood est en dédicace à Nouméa. Il insiste pour voir la facture des livres, que nous n'avons pas, et décide de m'expliquer la vie en me disant qu'il a aussi besoin des factures des ordinateurs et des appareils photos. Parce que "vous comprenez, je ne peux pas savoir si vous ne comptez pas revendre vos biens à quelqu'un sur place". Je reste coite, assez étonnée par le raisonnement. Je ne comprends pas comment le fait de posséder les factures d'achat des appareils garantirait que je ne suis pas là pour les revendre en douce sur le marché calédonien. Parce que ça prouve que je n'ai rien volé ? Mais qu'est-ce qui m'empêche de revendre en douce un bien qui m'appartient légalement ? Il commence à me dire qu'en Nouvelle-Calédonie, on fait payer des taxes sur certains biens achetés en métropole. Je lui rétorque que je n'ai aucunement l'intention de me débarrasser de mes appareils, mon ordinateur à moi c'est mon meilleur ami, et mon appareil photo, presque je dors avec. Et que je ne vois pas pourquoi je paierais quelque chose pour un bien privé et qui va le rester.
Finalement, son collègue, qui était resté plutôt silencieux jusque là, s'en mêle et fait comprendre à son zélé compatriote qu'il doit lâcher l'affaire. Nous ne sommes peut-être pas complètement en règle avec les lois très strictes de l'aéroport, mais nous sommes clairement de bonne foi, et cela ne vaut pas la peine que les douaniers perdent leur après-midi à rédiger de la paperasse. Son copain acharné insiste un peu, "oui mais elles n'ont pas la facture des livres, c'est un délit", mais l'autre n'a visiblement pas envie de perdre son temps pour une infraction mineure. Et puis l'aéroport ferme.
Nous pouvons partir. Mais du coup, quand nous sortons, tous les taxis sont partis avec leur cargaison de voyageurs. Nous parvenons malgré tout à choper la dernière navette qui s'apprêtait à partir, et pouvons monter. Ouf. Bien crevées, nous soufflons un peu dans le bus, et je peux enfin découvrir le paysage calédonien pendant les cinquante kilomètres qui nous séparent de la capitale. C'est vert, c'est rouge, c'est touffu et tropical. Mais très vite nous atteignons la périphérie de Nouméa, une grande zone industrielle et commerciale plutôt pourrie, avec des bâtiments abîmés par l'humidité et l'usure du temps. C'est peu ragoûtant. Le bus nous dépose avec deux autres personnes au bord de la route, pour qu'une petite navette vienne nous emmener jusqu'au centre-ville (et à l'auberge de jeunesse). Deuxième choc : le conducteur de la navette parle dans un dialecte local incompréhensible (il existe vingt-six dialectes en NC), et j'ai du mal à comprendre le français d'un autre qui vient me demander un renseignement. Genre j'ai une tête à savoir où je suis et ce qui s'y passe. Mon incompréhension le fait sourire, et il répète plus doucement, en vain. Ouille, quel accent surprenant. Sylvie vient heureusement à mon secours.
Finalement nous atteignons enfin l'auberge, après un rapide petit tour dans le centre-ville. C'est dimanche, week-end de pâques, la ville est comme anesthésiée. Ce n'est même pas la peine de songer à vouloir se promener, à moins d'aimer les rues inertes.
Le truc, c'est que les ennuis ne sont toujours pas finis. Sylvie possède trois téléphones, un pour la Nouvelle-Zélande, un pour la France et un pour la Nouvelle-Calédonie. Evidemment, le dernier n'a plus de batterie lorsqu'elle veut l'utiliser, et les autres n'ont pas de réseau. Elle ne peut donc pas prévenir l'ami qui l'héberge quelques jours. Les gérants de l'auberge acceptent qu'elle utilise le téléphone, mais elle tombe sur quelqu'un qui n'est pas celui qu'elle cherche. C'est quoi ce bordel ? Sans ce coup de fil, elle est coincée, tout est fermé dans Nouméa. De mon côté, je m'installe dans la chambre que j'avais réservée. C'est toujours très poite, le mobilier est sommaire, le ventilateur date de Mathusalem, les chiottes ont connu des temps meilleurs et l'eau de la douche est plutôt froide, mais en même temps je n'ai pas réservé au Ritz. Et somme toute, une douche froide c'est parfait vu l'épaisseur de l'air. En plus c'est vraiment pas cher (30 euros la nuit) comparé aux autres hébergements dans Nouméa. La vie est excessivement chère en Nouvelle-Calédonie, comme à Tahiti. Certes, j'ai les moyens de me payer quelque chose d'un peu plus cher, mais comme je suis financée par mes parents, je n'ai pas envie de dépenser ce fric en luxe inutile. C'est déjà pas mal de pouvoir voyager. Et après tout, je n'ai besoin que d'un lit et d'une douche. Et l'auberge est en plein centre-ville, c'est pratique.
Néanmoins, Sylvie n'a toujours pas résolu son problème. En attendant, nous décidons de stocker les cartons et sa valise dans ma chambre. Il y a une bonne quinzaine de marches à descendre et à monter (c'est tortueux), et un valeureux mâle se propose pour nous aider, vu que nous avons du mal à hisser l'âne mort de trente kilos. Nous entassons tout ce souk dans ma chambre, et nous transpirons comme après un marathon. J'ai l'impression de couler par tous les pores de la peau, et le plus drôle, c'est que ça ne s'arrête pas quand on ne bouge pas. Il faut avouer que je n'ai jamais trop supporté la chaleur. Mûe par l'espoir, Sylvie retente d'appeler le numéro de son hébergeur, et miracle ! il décroche. Le mystère du premier coup de téléphone et de l'interlocuteur inconnu reste sans réponse, mais au moins le problème est résolu. L'ennui, c'est qu'il faut ressortir la valise qui contient les affaires de Sylvie. Oui, celle qui pèse trente tonnes. Bravement, nous réitérons l'expérience dans l'autre sens, et retombons sur notre sauveur de tout à l'heure. Il hallucine face à ces deux femmes qui ne savent pas ce qu'elles veulent ni ce qu'elles font, mais touché par le côté pathétique de notre situation, il nous aide encore. Après tout ce cirque, les gérants et les clients nous ont bien repérés, mais ça a le mérite de lancer la discussion.
En effet, troisième choc : tout le monde parle à tout le monde, et tout le monde se tutoie. Les gens s'intéressent, posent des questions, sont prêts à aider, et n'hésitent pas à vanner aussi. Une ambiance très agréable.
Pour l'instant, il est bientôt 22h heure locale, mais dans ma tête il est bientôt minuit (deux heures de décalage avec la Nouvelle-Zélande). Je suis épuisée, courbaturée de partout entre l'avion et le port de carton, sans oublier l'humidité qui réveille mes rhumatismes. Et malgré tout, je trouve cette journée trop marrante. Pas une fois je n'ai ressenti un coup de mou ou un sentiment de ras-le-bol, juste un peu d'angoisse lorsque tout semble se liguer pour t'empêcher d'arriver à bon port. Mais j'ai trouvé ça extrêmement drôle, cette accumulation d'emmerdes. Suis-je maso, tout compte fait ? (Fermez les guillemets)
Premières images de Nouméa, prises le soir depuis l'auberge de jeunesse :
07:30 Publié dans Interlude néo-calédonien | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note



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Commentaires
Je suis épuisée rien qu'à te lire !
Les merdes volent en escadrille, c'est bien connu..
Et les douaniers zélés...ouh la j'en ai connu un très bon dans le genre, avec la même passion dévorante pour les factures. La facturophilie (comme dans la pub Free, mais bon, peut-être que ça te dit rien même si je pense qu'elle passait déjà avant que tu t'en ailles) !
Ecrit par : La Moule | jeudi, 17 avril 2008
Moi aussi, j'ai été épuisée rien qu'à relire...
En effet, j'étais encore là pour la pub de Free. Mais là, plus que la facturophilie, mon bon douanier était atteint d'un mal fréquent et incurable : la conneriphilie. C'est à dire "j'aime ma connerie et je l'entretiens avec Conneal Pointes sèches".
Comme on me le dit souvent : "ça fait des souvenirs"... Pff!
Ecrit par : Nim' | vendredi, 18 avril 2008
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