dimanche, 20 avril 2008
Jeudi 27 mars
Etrangement, j'ai beaucoup de mal à émerger, et je ne suis prête à partir qu'à 10h30. Mon fidèle sac à dos sur les épaules, j'emprunte l'escalier que je connais bien maintenant et qui me mène directement dans le centre-ville, sous un soleil radieux. Il fait très chaud, mais je commence à m'y habituer. Ou plutôt je m'habitue à me liquéfier en permanence, et je n'y prête plus attention. Dans un premier temps, je veux aller prendre quelques clichés de l'extérieur de la librairie Calédo Livres, vu que la veille il pleuvait à torrent. Le hasard faisant bien les choses, j'y croise Sylvie, qui papote avec une artiste peintre australienne installée à Nouméa depuis une quinzaine d'années. Elle en profite pour lui proposer de réaliser un article sur elle, j'obtiens donc un rendez-vous dans l'après-midi pour visiter son atelier.
Après quelques minutes passées à discuter avec le libraire, un homme adorable mais tout timide, nous partons à la librairie Montaigne, où se déroulera une dédicace samedi matin. Le patron est un homme très sympathique, dont la voix et la manière de regarder son interlocuteur me rappellent furieusement l'un de mes amis, ce cher Julien. Comme lui, Pierre (le libraire) peut parler pendant des heures des sujets qu'il aime, et il le fait d'une manière très intéressante. Un vrai orateur, passionné par son métier. Je vois bien Juju dans le même rôle, dans quelques années. Enfin bref.
Ensuite Sylvie et moi partons réserver nos billets pour Ouvéa. Nous ne savons pas encore si nous partirons samedi ou mardi. Après un rapide déjeuner, je laisse Sylvie vaquer à ses occupations, et je me rends à l'office du tourisme pour que l'on m'informe sur le bus à prendre pour se rendre au siège du Télé 7 Jours local. La personne à l'accueil est à peu près aussi bien informée que moi et m'indique le mauvais arrêt, c'est à dire celui qui m'entraîne dans le sens opposé où je veux aller. Heureusement que je savais moi-même quelle ligne je devais prendre... Tant pis, je change mes plans et décide de me consacrer à mon reportage sur le centre Raoul Follereau, spécialisé dans le traitement des lépreux. Je crois que c'est le seul centre de ce type dans le Pacifique. Hé oui, aussi étonnant que cela puisse paraître, la lèpre connaît un retour en force ces dernières années, au même titre que la tuberculose. Le centre Follereau est excentré, et n'apparaît même pas sur la grande carte de Nouméa. Je me laisse porter par le bus, espérant croiser un panneau indicateur, mais que dalle. Finalement, parvenue au terminus, je demande au chauffeur, un grand kanak à la barbe teintée en blanc, s'il sait où se trouve le centre. J'ai de la chance, il m'indique la ligne de bus à emprunter et la station où je dois descendre. En attendant, je me suis tapée une heure de bus, à traverser Nouméa jusqu'au fin fond de la banlieue. Pour la peine, je peux admirer les beaux quartiers, avec les maisons de riches et les jardins luxuriants, puis, juste après, une grande cité avec plein de tours type Seine St Denis. J'ose à peine imaginer la chaleur qui doit régner dans ces appartements sans balcon.
La promenade n'est pas désagréable, mais je dois trouver ce fameux centre. Je m'arrête donc à la gare d'échange, et attends le bon bus. Par précaution, je demande au chauffeur s'il s'arrête bien au centre Follereau. Ledit chauffeur me regarde d'un air dubitatif, visiblement pas au courant qu'il existe un arrêt Follereau. Pourtant j'ai pas rêvé, je l'ai vu sur le panneau du bus. Il vient avec moi jusqu'au guichet et pose la question à la nana, qui situe très vaguement le centre. Finalement, ils tombent d'accord sur la conclusion que je dois prendre le bus qui passe dans l'autre sens. Soit. J'attends donc un quart d'heure de plus (au soleil et dans une chaleur accablante, mais je suis stoïque). Le bus arrive, ouf, mon calvaire est bientôt fini. Mais non ! Le bus me lâche en pleine brousse, ou presque, au bord d'une route mal entretenue et sans aucune maison dans un périmètre d'un kilomètre. Hem. Sur le moment, je me demande si je risque pas un peu ma vie en m'engageant seule sur un chemin sauvage et déserté, et puis, bon, je me dis que je ne peux plus reculer. J'ai pas envie d'avoir perdu deux heures à chercher le centre pour que dalle. C'est l'un de mes traits de caractère, je déteste faire les choses à moitié. Même lorsque je suis dans la jungle nouméenne, sans carte et sans moyen de communication.
Après quelques minutes passées à discuter avec le libraire, un homme adorable mais tout timide, nous partons à la librairie Montaigne, où se déroulera une dédicace samedi matin. Le patron est un homme très sympathique, dont la voix et la manière de regarder son interlocuteur me rappellent furieusement l'un de mes amis, ce cher Julien. Comme lui, Pierre (le libraire) peut parler pendant des heures des sujets qu'il aime, et il le fait d'une manière très intéressante. Un vrai orateur, passionné par son métier. Je vois bien Juju dans le même rôle, dans quelques années. Enfin bref.
Ensuite Sylvie et moi partons réserver nos billets pour Ouvéa. Nous ne savons pas encore si nous partirons samedi ou mardi. Après un rapide déjeuner, je laisse Sylvie vaquer à ses occupations, et je me rends à l'office du tourisme pour que l'on m'informe sur le bus à prendre pour se rendre au siège du Télé 7 Jours local. La personne à l'accueil est à peu près aussi bien informée que moi et m'indique le mauvais arrêt, c'est à dire celui qui m'entraîne dans le sens opposé où je veux aller. Heureusement que je savais moi-même quelle ligne je devais prendre... Tant pis, je change mes plans et décide de me consacrer à mon reportage sur le centre Raoul Follereau, spécialisé dans le traitement des lépreux. Je crois que c'est le seul centre de ce type dans le Pacifique. Hé oui, aussi étonnant que cela puisse paraître, la lèpre connaît un retour en force ces dernières années, au même titre que la tuberculose. Le centre Follereau est excentré, et n'apparaît même pas sur la grande carte de Nouméa. Je me laisse porter par le bus, espérant croiser un panneau indicateur, mais que dalle. Finalement, parvenue au terminus, je demande au chauffeur, un grand kanak à la barbe teintée en blanc, s'il sait où se trouve le centre. J'ai de la chance, il m'indique la ligne de bus à emprunter et la station où je dois descendre. En attendant, je me suis tapée une heure de bus, à traverser Nouméa jusqu'au fin fond de la banlieue. Pour la peine, je peux admirer les beaux quartiers, avec les maisons de riches et les jardins luxuriants, puis, juste après, une grande cité avec plein de tours type Seine St Denis. J'ose à peine imaginer la chaleur qui doit régner dans ces appartements sans balcon.
La promenade n'est pas désagréable, mais je dois trouver ce fameux centre. Je m'arrête donc à la gare d'échange, et attends le bon bus. Par précaution, je demande au chauffeur s'il s'arrête bien au centre Follereau. Ledit chauffeur me regarde d'un air dubitatif, visiblement pas au courant qu'il existe un arrêt Follereau. Pourtant j'ai pas rêvé, je l'ai vu sur le panneau du bus. Il vient avec moi jusqu'au guichet et pose la question à la nana, qui situe très vaguement le centre. Finalement, ils tombent d'accord sur la conclusion que je dois prendre le bus qui passe dans l'autre sens. Soit. J'attends donc un quart d'heure de plus (au soleil et dans une chaleur accablante, mais je suis stoïque). Le bus arrive, ouf, mon calvaire est bientôt fini. Mais non ! Le bus me lâche en pleine brousse, ou presque, au bord d'une route mal entretenue et sans aucune maison dans un périmètre d'un kilomètre. Hem. Sur le moment, je me demande si je risque pas un peu ma vie en m'engageant seule sur un chemin sauvage et déserté, et puis, bon, je me dis que je ne peux plus reculer. J'ai pas envie d'avoir perdu deux heures à chercher le centre pour que dalle. C'est l'un de mes traits de caractère, je déteste faire les choses à moitié. Même lorsque je suis dans la jungle nouméenne, sans carte et sans moyen de communication.
Sous-titre : je suis perdue, mais j'ai une jolie vue.
Je me rapproche de mon but : on aperçoit la chapelle du centre en contrebas.
Je m'engage donc sur la petite route qui semble mener au centre, à la suite de deux jeunes femmes kanak. Puis la route se scinde en deux embranchements, sans aucun panneau indicateur. N'ayant pas vraiment envie de me retrouver seule, d'autant plus qu'il y a deux jeunes en train de fumer du shit sur le bord de la route, j'emboîte le pas aux deux jeunes femmes. Puis j'aperçois en contrebas quelques maisons réunies, et le doute s'insinue dans mon esprit : et si c'était une tribu ? Il serait alors très malvenu de ma part de débarquer comme ça, à l'improviste, sur leur territoire. Ca serait même particulièrement inconscient. J'interpelle la jeune femme la plus proche et lui demande où se trouve le centre. J'avais raison, c'était l'autre route. Bon. Je fais donc demi-tour, et passe devant les deux mecs et leur pétard. Je sens bien qu'ils me fixent, mais dans ces cas-là, il faut avancer d'un bon pas (mais pas trop vite) et d'un air assuré, genre je sais parfaitement où je vais. C'est le meilleur moyen d'éviter les embrouilles. Et quand on croise quelqu'un, il vaut mieux lui adresser un sourire et un bonjour (tout le monde se salue, surtout dans les pseudo "villages" en banlieue de Nouméa. Je ne compte pas le nombre d'automobilistes qui m'ont saluée de la main pendant que je marchais sur le bord de la route - et pas parce qu'ils m'ont confondue avec une prostipute, hein).
La route menant au centre ; la scarification des troncs d'arbre a une signification symbolique pour les canaques.

La marche jusqu'au centre est encore longue, un bon quart d'heure. Je croise une ou deux voitures, pas plus. Le centre est niché au fin fond d'une petite vallée touffue, et je croise plusieurs bâtiments abandonnés avant de tomber sur un endroit vraisemblablement habité. Le premier homme que je vois est un patient, et je lui demande où trouver un médecin. Les patients que je croise ont l'air tous contents que je leur dise bonjour, sauf une mamie qui me regarde comme si elle allait me bouffer. Le centre est composé de trois bâtiments pas très grands assez vétustes, et d'une chapelle. Je déniche un médecin et une infirmière, laquelle me regarde plutôt méchamment lorsque je me présente comme travaillant pour une journaliste. Je déroule mon spitch d'introduction, puis le toubib m'informe que je dois demander l'autorisation auprès du CHT, dont dépend le centre. Sans autorisation dûment écrite, le médecin ne peut répondre à mes questions. Ah ben merde alors. C'est quand même foutrement contrôlé tout ça. Je repars donc sans reportage, mais avec le nom et le numéro de la personne à contacter. Je ne sais pas pourtant si j'aurais le temps de revenir. Quoiqu'il en soit, ce n'est pas une perte de temps totale, parce que j'ai bien aimé découvrir la banlieue de Nouméa en bus. Et il n'y a rien de tel pour appréhender une ville et un pays que de se frotter à la complexité des transports en commun (surtout à Nouméa, réputée pour avoir un réseau de bus particulièrement merdique) et des lieux paumés introuvables. Et puis les gens sont en général super sympas et aident volontiers, c'est agréable.

Interlude floral sur le chemin du centre Follereau : l'hibiscus pousse comme du chiendent en Nouvelle-Calédonie, à l'instar des agapanthes qui envahissent les bas-côtés des routes.
Le retour est un peu fatiguant, j'attends le bus pendant une bonne vingtaine de minutes, sous un soleil violent et les attaques répétées des moustiques. J'espère qu'ils ne portent pas la dengue ou une connerie du genre, parce que j'ai les mollets dévorés. En plus je commence à me demander si je vais avoir le temps de m'arrêter chez l'australienne pour discuter avec elle et prendre quelques photos, tout en arrivant à l'heure à la dédicace de Sylvie. J'envisage un instant d'aller directement à la bibliothèque Bernheim, lieu de la dédicace, puis finalement je m'arrête quand même chez l'artiste. J'aime autant conclure ma journée sur un reportage fait, et pas un demi-échec. L'Australienne est très sympa, elle m'accueille au milieu de ses trois enfants et me fait visiter son atelier. On papote pendant une vingtaine de minutes, et j'engrange toutes les informations dans ma mémoire, pour les noter ultérieurement. Je prends des photos d'elle et de son benjamin dans l'atelier, et elle m'offre une carte postale. Au passage, je maudis mon appareil photo qui prends des photos merdiques. Un compact n'est pas fait pour prendre des bonnes photos d'intérieur, il n'est pas assez précis. Enfin bon.
La rue attenante à la maison de l'artiste peintre. Ce qui me marque le plus, c'est la luxuriance de la végétation.
J'aimerais rester plus longtemps, mais je dois me rendre à la dédicace. Je prends donc congé, et cours reprendre le bus, qui se fait désirer. N'empêche, je commence à grave maîtriser le réseau des bus nouméen. Finalement, j'arrive même en avance à la bibliothèque, Sylvie n'est pas encore là. J'en profite pour discuter avec Pierre de la librairie Montaigne, sa femme, et Nadine, la jeune bibliothécaire. La femme de Pierre, un peu snob, me regarde de haut parce que mon look n'est pas très clean : je suis toute suante et poussiéreuse, le cheveu collé sur le front et le mollet criblé de boutons rouges. On ne parcourt pas la jungle urbaine en talons aiguilles et brushing Dessange. Puis, bizarrement, son ton change et elle devient nettement plus chaleureuse lorsque je mentionne que je fais Sciences Po. Ah, c'est toujours très amusant de constater le pouvoir de ces deux petits mots sur mes interlocuteurs.
Enfin Sylvie arrive, ainsi que les membres du comité de lecture et d'autres curieux. Nous sommes rapidement une petite vingtaine assis en cercle. Pierre me confie la tâche de récupérer les chèques des futurs acheteurs, et entame son tour de parole en présentant quelques livres qu'il plébiscite (puisqu'il s'agit du comité de lecture de la bibliothèque). La parole passe ensuite à Sylvie, qui se présente et parle de ses bouquins. Les participants interviennent, posent des questions, critiquent et rigolent, c'est très sympa. Les deux heures passent à une vitesse folle, il y a même une journaliste de Télé 7 Jours qui est présente et souhaite une interview plus tard. Quelques livres sont vendus, je récupère les chèques que je dois ramener demain à la librairie. Nous papotons un peu avec les plus intéressés, puis on s'en va dîner en compagnie de Gilbert, le chercheur en biologie marine que Sylvie connaît bien, et que j'avais rencontré lundi.
Le restau où l'on va est très bon, je me fais péter le ventre : crabe farci (spécialité locale délicieuse), civet de cerf au vin rouge agrémenté de sa purée de pommes de terre maison (spécialité du coin aussi). Je peine à finir, mais le menu comprenant trois plats, je me "force" à manger le nougat glacé au Cointreau et fruits rouges. Le tout arrosé d'un vin rouge Saumur Champigny (cépage Cabernet). La bouffe est donc délicieuse (malgré la fâcheuse manie calédonienne de mettre le vin rouge au frais), et la discussion vole haut également. Je passe mon temps à poser des questions sur la Nouvelle-Calédonie, sur la place des kanak dans la société en comparaison avec celle des maoris dans la société néo-zélandaise, sur la situation de l'économie calédonienne et notamment de l'industrie du nickel, ou encore sur l'importance des religions sur le Territoire. Et mon interlocuteur se fait un plaisir (du moins je l'espère) de me faire des réponses détaillées. J'adore. C'est dans ces moments-là que je réalise à quel point j'ai tout à apprendre, et ça me passionne.
En résumé, une journée diablement surprenante, mais terriblement intéressante. Comme quoi, à force de se perdre, on finit toujours par trouver, même si ce n'est pas forcément ce que l'on cherchait au-départ.
08:08 Publié dans Interlude néo-calédonien | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : indiana nim' en goguette dans la jungle nouméenne



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Commentaires
Ca fait deux fois que tu manges du cerf....Y a un cheptel important là-bas ou c'est de l'importation??
Pour le vin rouge, vaut peut-être mieux qu'il soit au frais plutôt qu'à subir la chaleur et l'humidité ambiante non? Enfin moi j'y connais pas grand-chose...
Sinon, j'ai adoré le sous-titre de la première photo =)
Ps : han ! tu fais sciences po? Je vais commenter plus souvent alors...hin hin...
Ecrit par : La Moule | dimanche, 20 avril 2008
"Je passe mon temps à poser des questions sur la Nouvelle-Calédonie, sur la place des kanak dans la société en comparaison avec celle des maoris dans la société néo-zélandaise, sur la situation de l'économie calédonienne et notamment de l'industrie du nickel, ou encore sur l'importance des religions sur le Territoire."
...
*s'en va en se disant qu'il aurait du avoir un peu plus d'ambition dans ses études*
Ecrit par : Mein_jab | dimanche, 20 avril 2008
> La Moule : Il y a énormément de cerfs en Nouvelle-Zélande, et même des élevages, surtout du côté du Canterbury (sud-est de l'île du Sud, autour de Christchurch).
Pour le vin rouge, l'idéal est de le conserver à température ambiante comme on sait. Dans un pays chaud, le vin le sera aussi (chaud), donc il faut le conserver dans un endroit relativement frais. Mais au réfrigérateur... Ce n'est pas du rosé ! Et vu le prix du resto et le standing affiché, une bonne conservation du vin rouge aurait été la moindre des choses...
Et oui, je fais Sciences Po... Mais ne t'enflamme pas, je n'ai aucunement l'intention de devenir politique ou haut fonctionnaire, donc oublie les privilèges et autres retombées favorables. ;)
Mein_Jab : Meuh non !
C'est juste une question d'adaptation à son interlocuteur. On ne parle pas de la dernière fringue achetée ou de la série top cool du moment lorsqu'on discute avec un docteur en biologie marine... En l'occurrence, on s'assoit et on écoute plutôt !
Ecrit par : Nim' | dimanche, 20 avril 2008
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