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samedi, 22 mars 2008

Le soleil se couche toujours à l'ouest.

Il est présentement quatre heures et demi du matin, je suis à un peu moins de trois heures de partir à l'aéroport pour m'envoler vers Nouméa. Je suis fière de moi, mes affaires sont repassées et ma valise (quasiment) prête. Je n'oublie pas l'appareil photo, le chargeur, le mp3 et le laptop. Parce que bon, j'y vais aussi et surtout pour travailler et trouver de la matière pour de nouveaux articles sur KFM. Evidemment, le mp3, c'est parce que je ne peux pas vivre sans musique. Et il ne faut pas que j'oublie de prendre des livres aussi. Hm.

Je n'ai pas dormi cette nuit, car nous avons fait un dîner fastueux en compagnie d'Hervé, le mari de Sylvie fraîchement débarqué du ferry pour entretenir les marmots et emmener le B&B à l'école pendant notre absence. Hervé est un Marseillais pure souche, et un artiste peintre qui pique des crises parce que la tronche des assiettes ne lui revient pas. De plus, il est un tantinet maniaque sur le ménage, et, euh, comment dire ?... Sylvie et moi ne le sommes pas trop. Et je ne parle même pas de la gueule du jardin.
Quoiqu'il en soit, bonne soirée, et bons fous rires. L'ennui c'est qu'à midi nous avons eu droit à un apéritif impromptu avec des amis de Sylvie. Et du coup, nous n'avons pas pu avancer de la journée sur nos travaux. Alors voilà, comme je préfère partir l'esprit libre, je ne me suis pas couchée cette nuit.

J'aime bien passer une nuit blanche, même si j'y arrive rarement. Au sentiment d'étrangeté du temps qui s'étire au compte-gouttes s'ajoute l'appréhension du départ. Je suis toujours angoissée la veille d'une grande échéance. A juste titre quand il s'agit d'un examen, mais avec plus d'ambiguïté quand je suis sur le point de partir en voyage. Après tout, je ne pars pas à l'aventure, ni en Amazonie combattre des pythons géants. Et pourtant, j'ai systématiquement un noeud au niveau des tripes. L'appréhension de l'inconnu, j'imagine. Comme quoi, il ne suffit pas d'expérimenter le voyage vers l'autre bout du monde pour que cette appréhension disparaisse.

A part ça, comme à mon habitude je me suis agitée au dernier moment, mais j'ai réussi à dégoter une chambre en auberge de jeunesse pour quasiment toutes les nuits. Les autres, je me démerderais bien d'une manière ou d'une autre. Sur ce, je vais envisager de petit-déjeuner et de prendre une douche pour me remettre d'aplomb.

Le blog va s'endormir pendant quinze jours, avant un retour en fanfare le 8 avril, et tout plein de photos du Caillou. A bientôt !

mardi, 18 mars 2008

Où je m'amuse d'un rien.

Attention, des aventures palpitantes aujourd'hui, à base de garage mal rangé et de sirènes hurlantes.

- Aventure palpitante numéro un : parlons-en, de la sirène. Non, pas la copine mi-femme mi-thon du meilleur pote de ton voisin. Je parle de la sirène de Nelson, celle qui hurle à la mort tous les mercredis midi, et qui signale accessoirement les incendies et autres incidents. Il paraît qu'il existe tout un code sonore pour décrire la nature de l'incident et sa position géographique par-rapport au centre-ville, mais je n'ai pas tout compris. Et je m'en fous un peu (osef, comme dirait l'autre). D'ailleurs ce n'est pas le sujet.


J'ai été marquée d'emblée en Nouvelle-Zélande par le bruit des voitures de police. Quand elles sortent le gyrophare, le hurlement de la sirène fait penser aux séries policières américaines. L'espace d'un instant, on se croirait à New York.
Et quand je suis arrivée à Nelson, j'ai été surprise par le bruit de la sirène de la ville. Elle me rappelait quelque chose, mais je n'arrivais pas à mettre le doigt dessus. Et puis là, soudain, l'illumination m'est venue. J'étais tranquillement en train de grignoter mon croissant quand je me suis souvenue : la sirène de Nelson fait exactement le même bruit que la sirène dans le film Silent Hill. Celle qui prévient les villageois de l'arrivée imminente et soudaine de la nuit, et de son cortège d'horreurs. Souvenez-vous : entre les nabots acides au cri strident qui se déplacent par centaines, le Musculor à tête de pyramide grillagée qui traîne derrière lui un hachoir de trois mètres, ou encore les créatures hurlantes sans bras et à la peau spongieuse, on est servi.
Je comprends mieux pourquoi un frisson glacé me parcourt le dos à chaque fois que j'entends cette sirène, et particulièrement la nuit.

La morale de l'histoire ? Je regarde trop la télé.

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Lui c'est mon chouchou. J'adorerais me déguiser comme ça pour Halloween. Haha, comment ils flipperaient trop les gosses.
Trick or treat ?
 

- Aventure palpitante numéro deux : je moisis derrière mon écran, comme d'habitude, le regard vitreux fixé sur les caractères noirs. L'esprit concentré, je me demande si j'ai le courage d'aller jusqu'à la cuisine pour prendre un yaourt. Evidemment, attentive comme je suis, je commets des erreurs, des lapsus révélateurs, donc je m'énerve toute seule dans le dedans de moi-même, et cette énergie (rappelez-vous Lavoisier : rien ne se perd, tout se transforme) s'extériorise. Par conséquent, j'invective mon reflet dans le carré lumineux à grands coups de "merde putain de bordel de chiée on n'a pas idée d'être si conne". Tout en élégance. Dans un mouvement incontrôlé destiné à défriser arracher ma tignasse qu'est pas du tout frisée en fait, voilà t'y pas que mon coude droit heurte violemment un O.M.R.N.I (Objet Mal Rangé Non Identifié). Ledit objet ouvre sa grande gueule et me balance "Tibidibidi, tidi tidi, tibidi". 

Surprise, étonnement, stupéfaction. Oui, j'ai empêtré mon coude dans une boîte à musique. Rose de surcroît. Avec des petites fleurs. Une boîte à musique que je n'avais JAMAIS remarquée, pour la simple raison qu'elle est sournoisement tapie sous divers détritus type papier, pâte à sel, cartes de jeu et petit peigne. Et là, je ne sais pas ce qui s'est passé. Sans doute une conséquence du stress croissant dû à notre retard accumulé (le classement des tâches s'organise par "urgence", "super urgence" et "méga super urgence qu'on aurait dû finir pour le mois précédent"), ou encore de l'accumulation des trucs persos à faire et que je ne fais pas (téléphoner à Singapore Airlines, préparer ma semaine en Australie, préparer mon passage à Paris, choisir avant dimanche un Master parmi les douze proposés, commencer à prospecter un appart' à Toulouse, envisager un travail pour cet été... ah putain, envoyer des cartes postales aussi). Sans doute un peu de tout ça.

Quoiqu'il en soit, les nerfs craquent brutalement, et je me retrouve à hurler de rire dans mon garage froid et bordélique, entre une pile de linge pas repassé depuis une semaine (les deux tiers sont mes fringues), des jouets éparpillés dans tous les coins y compris sur l'espace réduit de mon bureau, et quelques moutons de poussière courant sur le sol (poussés par quelques arachnides bergères, naturellement). Pendant ce temps, mon Objet Désormais Identifié chante allégrement une mélodie abominable.

Et je me marre. J'en pleure même. Je suis pliée sur ma chaise, à essayer de retenir mes cris d'hystérique pour ne pas que Sylvie se rende compte qu'elle a embauché une psychopathe. Sans succès. J'hoquette de rire entre deux sanglots nerveux.

J'ai l'air con.
Qu'est-ce que j'ai l'air con.
Mais qu'est-ce que ça fait du bien.


C'était la minute inutile. Sur ce, je vais chercher un yaourt.

samedi, 15 mars 2008

"Pourquoi partir si l'on a envie de rester encore un peu, et pourquoi rester quand le besoin se fait sentir de changer de quartier ?"

[Bernard Moitessier, navigateur et écrivain français] 
 
C'est la fin de l'été en Nouvelle-Zélande, tandis qu'en France l'hiver se carapate enfin - du moins je l'espère pour vous. Le temps s'écoule rapidement, les grains de sable tombent dans le sablier avant que j'ai le temps de les compter. Après mes deux semaines de visite intensive de l'île du Sud, mon quotidien a repris un rythme semble t-il plus bonhomme. En réalité, Sylvie et moi croulons littéralement sous le travail. Je vous laisse admirer l'état de ma table de travail avant-hier.
 
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S'y entassent divers documents censés m'informer pour mes futurs articles, des tonnes de papiers pour élaborer un dossier de presse, un dico d'anglais et un de français (que vous ne voyez pas à l'image, car ils sont posés sur la chaise, hors cadre), trois Bescherelle (au demeurant fort incomplets, je suis fâchée et déçue), un gros bouquin de grammaire anglaise, mon chiffon à lunettes (parce que je me frotte souvent les yeux, et j'oublie tout le temps que j'ai des lunettes, d'où de belles traces grasses sur les verres). Et bien sûr, mon fidèle laptop, qui trône désormais sur quatre petits pots en terre cuite destinés à dégager l'aération et la ventilation. Depuis hier, je suis de retour dans le garage, car des clients occupent le B&B et je n'ai aucune envie qu'ils me tiennent la jambe dès qu'ils me voient dans le salon. Le seul ennui, c'est qu'il fait un peu froid dans ce garage.

Mais je vais rapidement me rattraper niveau chaleur, car nous partons dimanche prochain à Nouméa, en Nouvelle-Calédonie, pour deux semaines de travail (Sylvie a plusieurs dédicaces et une conférence). Je vais aussi en profiter pour visiter Nouméa et découvrir ce qu'est une véritable île tropicale, avec la chaleur qui va avec. D'ici là, j'ai plusieurs projets à terminer, dont le livre de l'artiste, un dossier de presse, la préparation du marketing sur place, sans oublier écrire suffisamment d'articles pour que KFM ne soit pas abandonné en mon absence.

De fait, je n'ai aucune péripétie à vous raconter, si ce n'est une sortie à la plage, hier soir, avec l'école de Melvin, le fils de Sylvie. J'étais préposée au gardiennage de nains, et c'était une occasion de sortir le nez de mon écran, mais c'était plutôt chiant. Les kiwis adorent se réunir à la plage ou dans les parcs pour pique-niquer et deviser paisiblement du devenir du monde, mais j'avoue que ce n'est pas spécialement ma tasse de thé. La soirée aurait sans doute pu être plus agréable si le charmant et jeune professeur (au volant d'un petit Z3) n'avait pas eu une grosse mouche blonde sa copine collée à son cul en permanence. Cela dit, ce fut très amusant à observer : la pauvre fille suivait son mec comme son ombre, à droite, à gauche, et ainsi de suite, tandis que celui-ci semblait s'en foutre royalement.
Sinon, comme Laura s'emmerdait profondément également, je me suis occupée d'elle, ça m'a évité de rouiller en regardant les mouettes chier sur le sable. Et j'ai pris quelques photos. En fait, j'adore m'installer à l'écart, et observer les gens. De temps en temps, lorsque la Lune est en Verseau et mon humeur d'aplomb, j'imagine leurs pensées et leur histoire. J'ai souvent l'air ridicule à me marrer toute seule, mais tant pis. Cette capacité à occuper mon esprit avec trois fois rien m'a toujours évité de m'ennuyer, et ce, depuis mon enfance.
 
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Un monsieur lit tranquillement son journal (sans aucun doute le papelard local - The Nelson Mail - leur Midi Libre à eux) face à l'immensité mordorée de la mer. Derrière, une dame, les mains sur les hanches, se demande bien où est ce qu'elle a pu mettre son gosse. A moins qu'elle ne reste perplexe devant la mer qui se retire à la faveur de la marée basse.
 
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Quand j'étais petite, j'adorais m'installer la tête en bas sur le canapé, ou sur mon lit, juste pour le plaisir de voir le monde à l'envers. Aller en Nouvelle-Zélande était peut-être un caprice d'enfant, finalement. Aller voir le monde comment qu'il est quand on a la tête en bas.
Sur la photo, les trois enfants sur la droite sont Laura, Melvin et un copain de celui-ci, en train de farfouiller je ne sais quoi dans les vagues. 
 
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Variante sur pieds. 
 
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Coucher de soleil derrière les montagnes. Je commence à avoir sérieusement froid - la température chute très vite le soir. 
 
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Laura, en rouge, s'est fait une amie pour l'occasion. Après l'élaboration d'un mur sommaire en branchages séchés, elles devisent sur le sens de la vie. A moins qu'elles ne parlent de la série télé qui fait fureur ici, Shortland Street, une espèce de Plus belle la vie avec du sexe, un serial killer et un hôpital. Un cocktail gerbant, mais les gosses adorent.
Petite anecdote : alors que Laura et moi parlions de la mort et de la maladie (je suis pour la franchise avec les enfants - leur mère aussi, heureusement pour moi), elle me décoche avec le sourire "De toute manière, tout le monde meurt une fois dans sa vie". Les enfants comprennent bien plus qu'on ne veut bien le croire.
 
 
 
Pour la peine, je vais vous parler du blog tout neuf tout beau d'une amie, qui souffre de migraines chroniques depuis des années. La migraine, c'est une maladie merdique que certaines personnes ne considèrent même pas comme telle : "arrête de te plaindre, t'as juste mal à la tête, ça va passer". Sauf que non. La migraine intervient n'importe quand, dure parfois plusieurs jours, et contraint la personne à rester couchée dans le noir, et à espérer que la douleur qui lui vrille le crâne va s'arrêter. Ou alors, si on veut continuer à mener une vie normale, aller bosser, ce genre de bêtises, il faut se shooter aux médicaments. Un coup de stress, un peu de fatigue, un affaiblissement de l'organisme, et paf, la migraine est de retour. Et on prend d'autres médicaments. On peut finir rapidement en abus médicamenteux, et par être dépendant.
Face à l'incompréhension globale, mon amie Lucie a donc créé son propre blog sur la maladie, pour rompre l'isolement des migraineux et éclaircir la jungle des traitements proposés. Elle y explique son ressenti face à la migraine, les hauts et les bas de sa lutte face la maladie, et surtout elle détaille les erreurs à ne pas commettre.
N'hésitez pas à aller faire un petit tour par chez elle, que vous soyez vous-même migraineux ou simplement curieux de comprendre une maladie encore méconnue, alors qu'elle touche près de 10% de la population.

dimanche, 02 mars 2008

Le trajet jusqu'à Westport - dernier jour

La pluie cesse durant la nuit, mais quelques gouttes commencent à tomber sur le pare-brise de Titine au moment même où nous posons nos fesses dans la voiture. Foutue West Coast. Nous quittons Fox Glacier sans regret, si ce n'est celui de n'avoir pu profiter des splendides walks de la région. Aujourd'hui est notre dernier jour de voyage proprement dit avant le retour à Nelson. Notre destination est Westport, un bled que m'avait vivement déconseillé Antoine, un Français qui fait le tour du pays dans son campervan. Je veux bien le croire, mais la route Fox Glacier - Nelson est trop longue pour être faite en une journée. Westport est une bonne étape pour dormir, et nous prévoyons de prendre notre temps sur la route pour arriver dans la soirée à Westport.

La pluie devient drue et incessante peu de temps après notre départ de Fox Glacier. Nous cheminons en silence, ma mère désespérée par la pluie qui n'arrête pas de tomber, et moi le regard rivé droit devant, tentant difficilement de deviner la route en lacets à travers les trombes d'eau. Le paysage autour de nous est une sorte de jungle montagneuse, avec d'épaisses fougères arborescentes (omniprésentes tout le long de la West Coast) et des grands arbres touffus qui s'accrochent aux falaises. La brume pèse sur les frondaisons, nous empêchant d'y voir grand chose.

Notre réservoir est bien près d'être vide, mais je roule sans m'arrêter jusqu'à Hokitika, car toutes les stations précédentes sont à ciel ouvert, et je n'ai aucune envie de me tremper jusqu'aux os pour remettre de l'essence. De plus cette pluie intense me rend grognon, et je désire par-dessus tout m'en échapper. J'ai une petite pensée émue pour tous les cyclistes de l'extrême qui peinent en ce moment sur les routes néo-zélandaises humides. On en croise beaucoup sur les routes mêmes montagneuses, à ahaner sur leur vélo lourdement chargé. Ce pays attire vraiment les doux foldingues du monde entier.

Il est presque midi, mais je ne m'arrête pas à Hokitika pour manger. Il pleut toujours, et ça m'énerve. Et la ville en elle-même ne m'inspire pas plus que ça. Je décide de pousser jusqu'à Greymouth, trente kilomètres plus loin. La pluie s'arrête et je me gare avec soulagement, dans la seule rue un peu animée de la ville en ce dimanche pluvieux. Nous mangeons rapidement, et allons nous promener sur la digue.
 
 
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L'une des rues principales de Greymouth, un dimanche midi. Le retour à Paris et aux embouteillages risque d'être violent. 
 
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Une fresque sympathique sur le papelard local. 
 
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Il ne manque plus qu'une brume lourde pour que la ville ait un petit air de Silent Hill... 
 
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Au royaume de la ferraille, la rouille est reine.  
 
Puis nous tentons un détour par Shantytown, une ancienne ville minière réhabilitée pour les touristes, mais le nombre de voitures garées sur le parking, et la nécessité de payer quinze dollars avant d'entrer, me démotivent. On dirait un parc d'attraction, et je déteste ça. Aucune envie de déambuler, l'appareil photo à la main, dans des rues faussement d'origine au milieu d'autres touristes ébaubis, même pour vivre l'espace d'un instant "le mode de vie pionnier". Les mines, je connais, il y en avait une dans la région où je suis née.

Nous repartons donc vers d'autres cieux, fuyant la pluie qui recommence à tomber. On dirait qu'elle nous rattrape à chaque fois que nous nous arrêtons un peu trop longtemps. Le climat devient dramatiquement changeant et bordélique : la pluie tombe à grosses gouttes sur mon pare-brise sous un soleil éclatant qui m'éblouit. Le vent souffle à grandes bourrasques qui font vaciller la voiture sur la route étroite et sinueuse qui longe la côte. Parfois la pluie se met à tomber avec une violence qui m'oblige à rouler au radar sur une route devenue invisible. Puis deux minutes plus tard, le soleil fait son apparition, et les nuages sont dispersés avec une rapidité surprenante. Et ainsi de suite pendant tout le trajet. La West Coast est la région la moins peuplée du pays, et on comprend pourquoi. En hiver, il n'est pas rare que les routes soient coupées à cause de la neige. Et le reste de l'année, il pleut énormément : 170 jours de pluie à Fox Glacier, par exemple.
 
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Notre arrêt suivant est Punakaiki, une ville de... vingt-six habitants. En réalité, il s'agit simplement de la porte d'accès au Paparoa National Park, célèbre pour ses Pancakes Rocks, une curiosité géologique. Nous empruntons sous la pluie un petit circuit très touristique qui permet de les admirer. Il y a foule, ça m'énerve, et j'arpente le circuit au pas de course. Les Pancakes Rocks sont des blocs rocheux érodés par la mer, qui présentent la particularité d'être formés de strates fines et régulières. Nul ne sait comment ces strates ont pu se former à cet endroit. Une autre spécificité est le Blowhole (Docteur Dreuf, retiens-toi s'il te plaît), un grand trou dans les Pancakes Rocks où les vagues s'engouffrent violemment, jaillissant contre la falaise. Nous bénéficions de la première éclaircie de la journée pendant notre promenade, ce qui permet quelques jolies photos.
 
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Les Pancakes Rocks.
La particularité géologique est cet empilement de strates régulières et très fines, que vous pouvez observer sur la photo suivante.
 
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Instant comique : une brave dame se débat de longues minutes durant avec la capote en plastique qui lui sert de protection anti-pluie (en vain, visiblement). Je me marre plus ou moins ouvertement, et pique un bon fou rire pendant tout le circuit, d'autant plus que ce couple de vieux avance au même rythme que nous. J'adopte également la quiche attitude, qui consiste à faire remarquer très peu discrètement à ma mère les déboires de ma voisine, lorsque celle-ci se met à parler en français à son mari. Je ne sais toujours pas si elle m'a entendue.
 
 
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Quelques mètres plus loin, le mari subit à son tour les facéties du plastique-c'est-fantastique. Contrairement à sa femme qui a opté pour la manière énergique (moulinets de bras et lutte au corps-à-corps avec l'objet séditieux jusqu'à soumission dudit objet), le mari préfère conserver sa nonchalante dignité et faire comme si un plastique transparent merdique ne lui couvrait pas le visage, et donc, la vue sur les Pancakes Rocks.
Pendant ce temps, je pouffe comme une truie.  
 
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 Splich. 
 
 
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Un(e) inconnu(e) s'est amusé(e) à tresser une longue feuille de flax. Le flax est une plante endémique qui pousse un peu partout de manière anarchique en buissons bordéliques pouvant atteindre un à deux mètres de hauteur.


La pluie se remet à tomber, plus forte que jamais, juste au moment où nous rejoignons la voiture. Jusqu'à maintenant, nous avons été plutôt chanceuses. Nous renonçons à arpenter les quelques tracks de la région, qui doivent être complètement spongieux avec la pluie de ces derniers jours. Je me dirige tout droit vers le Cape Foulwind Seal Colony, à quelques kilomètres de Westport.
 
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Certaines personnes espèrent encore croiser le chemin d'un pingouin géant (plus d'un mètre cinquante de haut). C'est le yéti local. L'ennui, c'est que la bestiole a disparu depuis des millions d'années.
 
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Le panneau indique la présence de weka, un oiseau sans aile. Il existe en Kiwiland beaucoup d'espèces d'oiseaux ne pouvant pas voler (le plus connu étant le kiwi). Leur absence d'ailes résulte de l'inexistence de prédateurs. Ils ont développé en compensation des longues et puissantes papattes leur permettant de courir vite et bien.
J'ai effectivement croisé un weka quelque mètres plus loin. 
 
 
Une colonie de phoques y est observable depuis la falaise. Moins dérangés par l'homme que ceux de Kaikoura, les phoques sont plus dynamiques. On peut même voir plusieurs petits qui jouent ensemble et pataugent dans l'eau. La pluie cesse au moment même où je gare le voiture sur le parking, et le soleil fait une apparition miraculeuse tandis que nous observons les phoques.
 
 
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Les phoques sont difficile à distinguer. Ils font ton sur ton sur les rochers. Dès que je peux, je mets une vidéo en ligne pour que vous ayez le son et lumière en sus. 
 
En quelques minutes, les nuages lourds sont repoussés au loin, laissant apparaître le bleu du ciel. La côte est vraiment magnifique, avec les vagues qui viennent frapper les récifs et le soleil qui illumine la surface et fait miroiter les nuages (je sais, d'habitude on dit l'inverse, mais je fais ce que je veux). Enthousiaste, je motive ma mère à poursuivre la promenade le long de la côte, pour profiter de cet endroit si peu fréquenté, et pourtant tellement magnifique. Au loin se profile un phare blanc, et la végétation rase de cette hauteur ventée confère au paysage un petit air de Bretagne (que je n'ai jamais vu de ma vie, je précise - mais si la ressemblance est réelle, j'espère me faire inviter par un certain photographe de ma connaissance).
 
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Tapie dans les fourrés, tel le lion chassant la frêle gazelle le tigre de salon cherchant un coin tranquille pour digérer son Whiskas. 
 
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La Bretagne telle que je l'imagine. Me trompé-je ? (On distingue le phare au fond).  
 
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Ciel ! Mon mari Que c'est beau !   
 
 
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Méga splouch !  
 
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Madame Mouette à l'aile ébouriffée,
Sur son toit solidement perchée,
Surveillait une touriste attablée. 


Nous passons trois quarts d'heure délicieux à contempler le ressac de la mer Tasman contre la falaise, puis nous rentrons avant que le temps ne change encore. Et effectivement, le soleil se cache derrière de gros nuages alors que nous empruntons le chemin du retour. L'esprit de la Nouvelle-Zélande est avec nous aujourd'hui, nous offrant quelques beaux moments d'éclaircies lorsque nous en avons besoin, et nous replongeant sous la pluie tandis que nous roulons.
 
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Quand je vous dis qu'ils adorent ce genre de panneaux... 
 
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La découpe lumineuse d'un nuage, image que j'ai trouvée très poétique.  
Nous étions en train de rouler sur un chemin de terre battue lorsque j'ai aperçu cette illumination éphémère. Ni une ni deux je freine, et tente de photographier sans bouger de ma voiture (feignasserie oblige), mais "maman pousse-toi ta tête est au milieu".
Je suis très agréable à vivre, aimable au quotidien, tout ça, faut pas croire. 


Il est presque sept heures, il est temps de rejoindre Westport, à une douzaine de kilomètres de là. Je suis soulagée de n'être pas arrivée plus tôt, parce que Westport est effectivement une ville fantôme qui donne envie de fuir, surtout en ce dimanche merdique. C'est avec surprise que je capte pour la première fois du voyage une radio country. Pas un rat dans les rues (hormis un cow-boy cradeux - d'où la musique country sans doute), pas un restaurant d'ouvert, seul le New World nous sauve du désespoir. Nous achetons de quoi nous sustenter ce soir, et retournons nous réfugier dare-dare dans le petit chalet humide qui nous abritera ce soir. La pluie ne tarde pas à reprendre, peu après notre arrivée au motel. Nous ne ressortirons pas ce soir.

Notre motel comprend un ensemble de petits chalets de bois, et c'est bien marrant quand il pleut parce que les douches et toilettes sont dans un autre bâtiment. La pluie tombe toute la soirée. C'est un plaisir unique d'enfiler son manteau à capuche (celui-là même qui donne un air d'ovule périmé lorsqu'on serre les ficelles de la capuche) pour aller se brosser les dents. Sur le chemin, je croise une énorme araignée noire et grasse ; je glapis et disparais aussitôt dans le bâtiment commun. Notre chalet de deux mètres carrés, sûrement construit en contreplaqué vu l'épaisseur du bois, laisse complètement pénétrer l'humidité qui coule littéralement contre la vitre. Même les draps sont poites et moisseux. Vu les circonstances, nous nous dépêchons le lendemain matin de quitter ces marécages pour reprendre la route. La route jusqu'à Nelson passe rapidement. Je mets trois heures et quart pour arriver à bon port, malgré la pluie, alors que les guides indiquent une durée de quatre heures. Je ne comprends pas, je n'ai pas (trop) dépassé les limites autorisées. Mais ce n'est pas plus mal, car nous avons ainsi le temps de déposer nos affaires, de déjeuner puis d'aller à Nelson tranquillement pour rendre la voiture. Après plus de 2600 kilomètres, je retrouve mon statut de piéton avec un certain pincement au coeur. Non pas que je n'aime pas marcher, mais conduire reste un plaisir sans égal.

Nous rentrons chez Sylvie en bus, ma mère et moi, après quelques achats de dernière minute dans le centre-ville. Ma mère reprend l'avion le lendemain matin, et s'illustre à la douane en tentant (involontairement) de faire passer une bouteille de vin dans son bagage à main. La quiche attitude est sans doute une caractéristique héréditaire.

samedi, 01 mars 2008

Fox Glacier, deuxième jour

Hier, je concluais ma note en espérant que le ciel serait clément. J'aurais mieux fait de me taire, car des trombes d'eau s'abattent sur nous sans trève depuis le milieu de la nuit. A l'heure où je vous écris, il n'est que quatre heures de l'après-midi, mais je ne pense pas trop m'avancer en disant que je ne ferai rien de plus d'ici ce soir. C'est dommage, car nous comptions visiter Franz Josef Glacier, le village d'à-côté situé lui aussi près d'un glacier. Franz Josef est un peu plus touristique que Fox Glacier, c'est pourquoi j'ai préféré venir à Fox Glacier. Evidemment, c'est le jour où il pleut des chiens et des chats que nous sommes coincées dans un coin qui ne propose que des activités d'extérieur. Par exemple, j'aurais bien aimé faire un petit horse trek cet après-midi. A la place, nous sommes réfugiées dans notre chambre, à lire National Geographic et The Guardian. Je vais également trier mes photos, ça sera fait au moins.

Donc voilà, aucune photo à vous montrer, et rien à vous raconter, si ce n'est une tentative courageuse de conduite jusqu'à Franz Josef, à travers des torrents d'eau et sur une route étroite et sinueuse. Nous n'avons pas vu grand chose du paysage qui doit être assez beau, à cause d'une brume épaisse qui repose sur la forêt et les montagnes. Cependant, la vue sur la rivière tourbillonnante et tumultueuse est assez impressionnante. Son lit est large (probablement le lit du glacier à l'époque), mais la rivière n'occupe qu'un tiers du passage en temps normal. Aujourd'hui, elle a au moins doublé de volume. Les cascades déversent leurs flots à qui mieux mieux, parfois jusqu'à la route, qui est heureusement bien entretenue et bordée de canaux de déversement.
 
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Une carte d'une grande utilité (j'aime les gadgets). Faut dire qu'il y a tellement de routes, on s'y perd. 


La Nouvelle-Zélande est ainsi, belle et accueillante mais également sauvage et imprévisible. Le climat est changeant et il ne faut jamais oublier qu'un éboulement, une inondation, ou un quelconque évènement naturel sont toujours possibles, notamment dans les coins moins domestiqués de l'île du Sud. Et la pluie peut être aussi violente que le soleil est dangereux, depuis ce bout du monde où la couche d'ozone est réduite. On aime ou on déteste, mais dans ces cas-là il n'y a rien d'autre à faire que regarder la pluie tomber.
Ce samedi est peut-être le seul jour depuis un bon moment où je ne cours pas après le temps qui file.
Et c'est un moment précieux, malgré les apparences.

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